chocolat à l’orange

Lorsque la tablette est libérée de son enveloppe en aluminium, elle présente un aspect mat, assez peu séduisant. D’autant moins que les doigts laissent une empreinte à chaque contact. En la brisant, un parfum de chocolat réglissé saute d’abord au nez. Puis une odeur d’écorce d’orange apparaît progressivement, pour devenir intense.

Le premier contact avec la langue est sucré. C’est inattendu et déroutant. En croquant la tablette, les arômes d’orange se libèrent, puis s’éteignent progressivement pour céder la place à des notes épicées, légèrement poivrées. Une sensation d’amertume s’installe alors. Et une trace imprécise d’orange persiste. Elle est à la longue presque écoeurante.

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Centre commercial Beaugrenelle : le client est roi

Calme, détente, tranquillité, des qualificatifs qui tranchent avec la vie parisienne. Ici, tout semble fait pour apaiser, un grand espace évite le confinement et la sensation d’oppression des milieux fermés habituels. Les couleurs, le blanc, signe de pureté, légèrement grisé pour adoucir. Le rouge pas trop saturé, réchauffe et excite en douceur et le bleu de la voûte invite au calme et à la disponibilité de l’esprit.

La musique aussi participe à l’ambiance, pas trop forte, plutôt douce est spatiale. De temps en temps elle s’arrête pour diffuser discrètement un message pratique ou publicitaire. Le brouhaha ambiant est très supportable, présent mais loin d’être semblable à un hall de gare aux heures de pointe.

L’odeur est neutre, rien de désagréable ou d’agressif en tout cas. L’air qui pénètre dans les narines est légèrement frais, sans plus.

Le public est clairsemé, détendu, essentiellement féminin mais quelques hommes sont là aussi, solitaire ou en couple.

L’âge moyen semble plutôt élevé, le niveau social aussi. Les gens sont habillés correctement et sont principalement de type européen. Les étrangers sont des touristes, ils viennent ici pour visiter, sans but précis mais comme ils visiteraient un musée.

Ce doit être la fin des cours, des adolescents, par groupe, envahissent progressivement l’espace et rajeunir le public.

Dans les boutiques, pratiquement personne, à part un ou deux clients venus dans un but précis. Les vendeuses déambulent entre les rayons, le regard tourné vers le chaland qui ne semble pas pressé d’investir les lieux.

Sur les façades, pas de signes promotionnels, pas de racolage, la seule incitation à consommer est déterminée par la décoration des magasins, distinctif mais pas tape à l’œil.

Ici, le client est accueilli avec sourire et disponibilité mais n’est jamais agressé, il peut prendre son temps ou revenir plus tard.

Dans les allées, il y a même des petits salons, uniquement destinés au repos, à la détente, à la discussion entre amis.

Ici, au centre commercial Beaugrenelle, pas d’inquiétude sur le visage des professionnels, il est 11 heures du matin, demain c’est samedi, le pouvoir d’achat est là, il suffit d’être patient.

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Beaugrenelle, star de la surconsommation

Je monte, je tourne et à chaque palier, de nouveaux d’escalators. Je décide d’atteindre le sommet, j’en ai le tournis.

5ème  étage, vision panoramique sur le must de la consommation capitaliste. Sous ce plafond de verre, façon art moderne, des centaines de magasins. Des franchises comme on les appelle ou les mêmes vêtements ou produits sont vendus dans toutes les capitales du monde.

Une musique  douce, enveloppante filtre des haut-parleurs. Elle conditionne le consommateur. Ambiance cool, détendue pour dégainer avec plaisir sa carte bleue.

La vue plongeante, ces escalators en perpétuel mouvement me donnent le vertige. A l’extérieur un homme araignée, suspendu dans le vide, nettoie les immenses vitres extérieures. Je suis à Paris, mais à cet instant, j’ai l’impression d’être à N.Y, tout en haut d’un building. J’aperçois, d’ailleurs, au loin, sur le pont de grenelle, la statue de la liberté.

H et M, l’aigle, Fnac, Bose, c’est une véritable fourmilière. D’ici les gens sont minuscules et circulent dans tous les sens.  Certains sont à l’arrêt, posés ou plutôt avachis dans des fauteuils club. Sont-ils perdus, comme moi, dans ce temple de la  surconsommation ?

Ils ne communiquent pas, n’observent pas les lieux. La plupart ont le regard plongé dans leur SMS. Certainement une façon de se rassurer.

Je m’assoie à côté d’une jolie fille, 25 ans, brune élancée. Elle est presque allongée dans son fauteuil, un ordinateur posé sur les genoux. Visage sans expression, je n’ose pas la déranger pour lui demander ce qu’elle fait là. Depuis combien de temps est-elle ici,  une heure, un jour, une éternité. A-t-elle oubliée de rentrer chez elle ?

J’en arrive à me demander si, dans l’avenir, ce genre d’espace deviendra lieu de vie à part entière.

Un enchevêtrement d’habitation de commerces, de services ou l’on gagnera et dépensera tout au même endroit, privé de l’oxygène naturel.

J’étouffe, la panique me gagne, il faut que je sorte, vite.

Deux options s’offrent à moi. Reprendre les escalators et replonger dans la gueule du monstre ou me sauver par la passerelle suspendue à 50 mètres du sol.

C’est l’option que je choisis. Je hâte le pas mais mon soulagement est de courte durée. Au bout de ce tunnel un autre centre commercial. Je suis perdu.

damien

 

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Voyage au bout de l’ennui dans une galerie commerciale

Qu’est-ce que je fous là ? Ça pue, c’est moche et j’ai un peu froid.

Déjà ce matin, ma femme m’a dit qu’on irait faire les magasins demain. Il faut qu’on s’habille pour un mariage. Elle va me traîner dans les boutiques. Et me voilà ce matin dans cette galerie commerciale de mon plein gré. Enfin, plutôt à « l’insu de mon plein gré » comme disait Richard Virenque en 1998.

C’est notre formateur qui nous a entraînés là. Au milieu des badauds, il y a donc 6 apprentis scribouillards qui déambulent comme moi. A la recherche de sensations ou d’inspiration.

Je déteste être là.

D’où vient ce courant d’air froid ? Je me déplace dans les allées, et je sens, par endroit, cette petite brise frisquette. C’est désagréable. Je suis de mauvaise humeur.

Je déteste être là.

3 jeunes sont assis sur des canapés rouges. Ils  n’ont pas l’air plus ravi que moi. Ils sont ici. Mais ils sont ailleurs. Leurs smartphones les amènent dans des lieux plus familiers ou peut-être plus exotiques. Ils sont ensemble mais séparément.

L’une d’entre elle, une jolie jeune femme noire semble écrire un texto. A qui ? Pour quoi ? Est-ce qu’elle écrit le mot café avec 2 « F » ?   Je me demande ça, parce qu’un bruit de vaisselle vient d’attirer mon attention. A l’étage en dessous, un serveur débarrasse les tasses abandonnées sur des tables hautes. Au-dessus de lui une drôle d’enseigne lumineuse : « Caffé » avec 2 « F ». On n’a pas idée.

L’odeur du moka aiguise mon appétit. Je demande un expresso. Derrière le comptoir, une serveuse à la peau mate et aux cheveux sombres prépare ma commande. Elle parle à son collègue dans une langue étrangère. Je dirais Turc, à en croire la couleur et l’amertume de mon café. Il est plus serré que le short de cette touriste américaine.

Je l’entends parler anglais avec une dame. Sans doute une de ses amies. Mais pour être franc et même si ce n’est pas très courtois, c’est son allure qui m’a interpellé. Un short noir trop court et beaucoup de cellulite autour. Le tout rehaussé par un léger  pull turquoise et des tongs rose.

Moi qui ai froid avec mon blouson de cuir…

Au gré des courants d’air je sens aussi des effluves de parfums. Des relents plutôt. Muské, ambré, corsé. Les essences se mêlent dans un gloubiboulga écœurant. Ce patchwork olfactif n’a d’égal que la cacophonie ambiante.

Walk, une chanson de Lemongrass flotte dans l’espace… Une mélodie un peu jazzy masquée au fil de mes pas,  par les musiques  distillées dans chaque boutique.  Du rap, du hip-hop, de la pop… Ce matin pour moi c’est du bruit. A qui d’ailleurs sont destinés ces décibels ? Il n’y a personne dans les magasins !

Il n’y a que moi et quelques marcheurs venus passer le temps. Moi, j’ai plutôt l’impression de le perdre.

Je déteste être là.

Même les escalators  s’ennuient. Ils montent et descendent lentement, sans bruit. Ils ne transportent pas grand monde à cette heure. Une femme s’avance, pourtant, d’un pas décidé vers l’un de ces escaliers. Mais il est à l’arrêt. Un panneau en travers du passage indique que l’appareil est en maintenance. La femme en manteau noir s’avance, hésite et rebrousse chemin. Cette montée vers le troisième étage ne devait pas être d’une importance capitale, finalement.

Je jette un dernier coup d’œil. Le sol en faux marbre blanc. Les autocollants rouges et jaunes sensés apporter un peu de couleur et de vie dans cet univers sans âme…

Je déteste être là. J’en ai assez vu. Et j’ai envie de pisser.

Allez, je rentre,  je m’ennuie et je déteste être las.

 

 

JF

 

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Le Centre Beaugrenelle joue la carte de la modernité pour séduire les consommateurs.

Pour un provincial, ça fait un choc. Un Cocon ultramoderne de quatre étages, brillant, clinquant, nous met la main sur l’épaule.
De gigantesques cercles de couleurs se dessinent en perspectives sur tout l’intérieur du bâtiment, une installation d’art contemporain
Une odeur exotique prend alors au nez, sans prévenir, rappelant au cerveau qu’il a oublié de voir une boutique de savon. Les enseignes sont éclatantes, bienveillantes.
On monte les escalators comme une ascension vers un univers joyeux, enfantin. Pourtant les boutiques semblent en cette matinée désuètes, désemparées… Le décalage est saisissant. Ce monstre ventru prêt à griffer des dollars piétine, s’impatiente.
Un magasin d’un blanc immaculé présente des aspirateurs couleur ivoire, posés au sol. Non ce sont des enceintes connectées ultramodernes rectifie le vendeur.
Repus, deux touristes indiens sont affalés sur un canapé devant une vitrine. Ils ont les bras ballants et tiennent des sacs remplis de vêtements. L’observation de ce KO est interrompue par un regard au loin, un regard perçant, coloré. Ce regard plus vrai que nature n’est pourtant pas réel, plutôt sorti d’un rêve. Il incite à se rapprocher, il est plus que jamais attirant. Il a été conçu pour qu’on ne puisse pas y résister, ce qui est en train de se passer. Alors qu’on s’apprête à le toucher, une explosion réveillerait un mort. L’enceinte HK W 450 fonctionne bien merci.
Au sortir du magasin, quelques jeunes sirotent en silence une boisson à l’emballage voyant sur une banquette. Il ne prêtent même pas attention au paradis artificiel qui les entoure.
Drôle d’endroit pour passer une matinée.

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Comment les nouveaux centres commerciaux vous conditionnent pour vous inciter à acheter

La musique d’ambiance est un peu jazzy, lente. Une musique qui incite à la détente. Devenir le temple du bien-être voici le nouvel objectif des temples de la consommation. Les espaces sont larges. La foule y circule sans se bousculer. Les magasins sont répartis sur plusieurs niveaux. Des stands viennent s’ajouter sur les lieux de passage. Comme les étals sur les marchés, synonymes de bonnes affaires à réaliser.

Un peu partout sont disséminés des coins cosy. Un canapé, un fauteuil rembourré vous tendent leurs assises. Quelques adolescents affalés sont venus recharger leurs portables. Il faut garder le client potentiel le plus longtemps possible. A Beaugrenelle, au centre de Paris, tout est mis en œuvre pour que vous vous sentiez bien. Sans vous en apercevoir.

La lumière n’agresse pas les yeux, elle est presque tamisée. Une grande verrière laisse filtrer les rayons du soleil. Ce qui saute alors aux yeux ce sont les vitrines. Les bijoux scintillent, vous jettent des œillades. Les chaussures brillent, tiens elles iraient bien à mes pieds celles-ci.

Ça sent le propre. Deux agents d’entretien briquent les colonnes immaculées. Tout est blanc, beau.

Même les sons paraissent étouffés. Pas de brouhaha. Et toujours cette petite musique qui accompagne les pas. Personne n’est pressé. Un homme commande un jus de fruit frais sur un stand très coloré. Juste à côté, deux jeunes femmes se font chouchouter. Elles ont confié leurs mains à des professionnelles. Massage, polissage, vernis sur les ongles, elles vont sortir plus belles d’ici.  Les gens sont pris dans une bulle.

C’est bon, ils sont en condition pour sortir leur portefeuille.

Miryam

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Beaugrenelle : le dernier salon où l’on ne cause pas

Elle est avachie sur le fauteuil, dans une posture ramollie qui trahit ses quinze ans. Le sac à dos est calé derrière ses pieds. Son pantalon ajouré laisse apparaître ses genoux. Elle agrippe un smartphone, comme s’il allait l’empêcher de tomber. Le fil blanc de ses écouteurs tranche avec sa jolie peau noire. Un autre câble est relié à la prise électrique qui est dissimulée sous une table prétexte. A ses côtés, trois copines d’un modèle semblable ont adopté la même posture : les écouteurs sont vissés aux oreilles, le regard est rivé à l’écran, le smartphone prend sa source sous la table. Elles se parlent, parfois, mais s’entendent-elles ?

Il n’est pas onze heures. Les magasins sont vide de clients. Les vendeuses ouvrent des cartons, elles achalandent. Un vague relent de parfums mélangés flotte dans les allées désertées. Le marbre clair est clinquant. La marchande de glace assise derrière une réplique de charrette à bras a le regard absent. Elle respire l’ennui. Le sifflement sourd des escaliers roulants se confond avec l’écho lointain de la musique d’ambiance. Mais à cette heure-ci, le centre commercial a pourtant ses habitués. Les fauteuils et les sofas disposés à chaque étage ne désemplissent pas autour de l’atrium. Et c’est un carrefour des solitudes.

Trois collégiens résument sans doute ce qui, pour beaucoup, fait l’attrait du lieu : « y’a la wi-fi ». Les tables équipées de prises électriques et de bornes permettant la connexion à internet. Elles sont autant de points de fixation. Nos quatre lycéennes avachies autour d’une bouteille de soda tiède doivent y tuer le temps entre deux cours. Autour d’une table voisine, trois touristes asiatiques mastiquent des pâtes, la boite en carton contenant leur repas dans une main, le téléphone dans l’autre. Un quinquagénaire de la génération-papier est plongé dans le Parisien. Un agent de sécurité en pause est presque en position allongé. Il consomme des vidéos. Un jeune homme boit les images de son portable. Une feuille de salade pend de son sandwich. Elle caresse l’écran.

Trois hommes ont déplié un plan à côté de l’ordinateur posé sur cette table manifestement pas pensée pour cela. L’affaire est sérieuse. « Voici comment nous avons imaginé la répartition des charges » dis l’un d’eux en retournant l’écran vers son interlocuteur. Conversation d’affaire. Un monsieur grisonnant, le teint halé, tient son smartphone tout près de sa bouche. Et il parle, fort, en espagnol. Ses yeux sont animés d’étincelles. Manifestement, lui, il est ailleurs. Un vieux monsieur et une vieille dame se font face, mutiques, figés. Ils regardent d’un air indifférent les enseignes lumineuses clinquantes des magasins. En entrant dans l’ascenseur vitré, une petite fille trimbalée dans une poussette fait un petit signe de la main. Elle sourit. Elle dit bonjour, en tout innocence. Mais personne ne la voit.

Pierre-Marie

 

 

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