Pour un tour de vélo, Nicole a menti à sa mère

« La vérité sort de la bouche des enfants » et pourtant… si, si les enfants aussi savent mentir !

Nicole a 10 ans, elle habite au cœur d’une jolie cité du vignoble bourguignon. Par une belle journée printanière, Nicole voit passer un garçon d’une quinzaine d’années sur son vélo, la mine altière, le regard dominateur, tel un dieu sur son Olympe. Comme tous les matins depuis sa fenêtre, Nicole le regarde prendre la direction de l’école avec envie. Elle ne connait rien de lui, même pas son nom. Il est grand, mince, les cheveux courts, coupés comme un fils de militaire. Normal, c’est le fils du gendarme voisin, parait-il. Voilà tout ce qu’elle sait de lui.

Mais surtout… c’est le seul qu’elle voit faire du vélo sans les mains ! Sans les mains ! Oui, sans les mains ! Il se tient droit, les mains systématiquement dans ses poches. Sa machine semble avancer toute seule. Quelle maîtrise ! C’est comme s’il pouvait donner des ordres à son vélo par la pensée.

Le rêve de notre petite Nicole est bien évidemment d’apprendre à faire du vélo de la même manière. Sans les mains ! Oui, sans les mains ! Elle pourrait demander conseil à l’homme de l’art ? Non, trop impressionnant. Nicole se confie à sa grande copine de classe, Laurence, et parvient à la persuader de l’accompagner dans ce nouveau défi. Une entreprise farfelue et dangereuse selon Laurence, mais elle consent à l’aider.

Les deux enfants enjambent leurs vélos et partent de la maison vers 14h un jeudi après-midi, un jour sans école bien sûr. Nicole a tout préparé, tout pensé pendant la nuit. Le choix de la route est capital, une rue calme d’une zone pavillonnaire. Cette rue a l’avantage d’être en pente pour faciliter les premiers essais en descente, mais l’inconvénient de comporter un carrefour extrêmement dangereux, très usité par les automobilistes. Les premiers tours de roue ont lieu avec les mains, puis Nicole lâche le guidon. Quelques secondes d’adrénaline, mais les choses se gâtent très vite, trop vite. A peine le temps de crier victoire, le vélo se dirige vers le carrefour, le vélo se déséquilibre, Nicole tombe dans les gravillons, c’est fini. Le visage, les mains, les genoux sont ensanglantés… Nicole se relève difficilement. Elle ne pense pas à ses blessures, mais s’imagine déjà devant sa mère… Quoi lui raconter ? Cette maman qui avait toute confiance en sa petite fille sage, gentille, responsable. Ses premiers mots « Ma pauvre chérie… Assieds toi dans mon fauteuil ». Elle m’a fait asseoir sur son beau fauteuil, un grand fauteuil Voltaire réservé à ses lectures du soir. « J’ai freiné et suis tombée » lui dit-elle. « L’attitude bienveillante de ma mère m’a fait comprendre que je ne pouvais pas lui dire la vérité » nous confie Nicole 50 ans plus tard. « J’ai menti pour éviter la sanction qui n’aurait pas manqué de tomber. »

L’incident est en soi mineur, Nicole aurait aimé lui raconter plus tard la véritable histoire, mais la maman de Nicole est malheureusement décédée quelques mois plus tard. Aujourd’hui la mémoire reste encore prégnante, comme si c’était hier. Les semaines, les mois, les années ont passé, la petite Nicole a même appris à faire du vélo sans les mains, oui sans les mains ! Et la maman de Nicole s’en est allée avec l’image d’une petite fille qui n’a jamais menti à sa maman. Jamais ! Finalement c’est peut-être mieux ainsi !

Hélène

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