« La peur de sa vie »

  Eté 83. Michèle en fin de 1ère au CELSA pose ses valises  à Ajaccio. 7 semaines de stage, le temps de faire ses armes de journaliste et de se frotter aux mœurs des autochtones.

 

Un soir, un pot est organisé dans les locaux de France 3 Corse. Elle réunit une vingtaine de salariés, et quelques invités. Parmi eux, une femme. Grande, blonde, elle porte un chignon. C’est une beauté à la Grace Kelly qui attire tous les regards.  Un monteur de France 3 Corse aborde la belle inconnue. Il lui parle, il se fait insistant. Au point d’agacer le mari de cette femme, témoin de la scène. Irrité, le couple s’en va. L’incident jette un froid, et les convives s’en vont un à un. L’un d’entre eux revient quelques minutes plus tard. «  Il y a un homme posté avec une arme en bas de la rue » lance-t-il.

 

Michèle et ses collègues comprennent alors que le mari jaloux est revenu armé et qu’il attend le monteur indélicat au bas de la rue. Vite il faut partir. Michèle, et 3 de ses collègues décident de cacher leur collègue dans leur voiture. une Renault Rodéo crème. Michèle monte à l’avant, le conducteur, puis deux autres collègues prennent place à l’arrière. Le fauteur de trouble, lui, s’allonge à l’arrière, face contre terre. On ne doit pas le voir.  Il faut créer une diversion. Plusieurs voitures, quittent alors au même moment les locaux de France 3 Corse. Michèle, à la place du passager, sent que brutalement les codes qui sont les siens, ceux qu’elle connaît à Paris n’ont plus cours ici. Elle est en Corse. A Ajaccio, un soir d’été 83, et un homme armé en attend  un autre pour le tuer.

 

A la place du passager, dans la Renault Rodéo, Michèle sent que son corps se glace. Le mari jaloux, les a pris en chasse. Il les poursuit dans une grosse cylindrée blanche, dans les rues de la ville. Michèle regarde dans le rétroviseur, l’homme armé, ne les lâche pas. La course-poursuite qui s’engage a tout d’un mauvais polar. Michèle, a peur. Très peur. Une peur blanche. Pas de cris, pas de larme. Mais l’impression d’être abolie, que tout peut lui arriver. Y compris mourir dans cette Renault, un soir d’été à Ajaccio à 23 ans.

 

Michèle aimerait pleurer mais elle n’y parvient pas. « Pas le temps », il faut fuir, semer ce Corse déterminé à éliminer, un rival potentiel. Un homme  qui a ouvertement fait la cour à sa femme. Un affront qu’il faut laver dans le sang. Michèle réalise alors que la Corse, c’est bien plus qu’un folklore. Ici on se venge à mort. Le sang doit couler pour réparer l’outrage. Dans les rues étroites d’Ajaccio, la grosse cylindrée blanche accélère, freine, prend en chasse une voiture, puis une seconde. « Où est cet homme qui a lourdement draguée ma femme ? L’aghju dà tumba ! Je vais le tuer ! » . La course-poursuite a duré plus d’une heure dans les rues étroites d’Ajaccio. Un heure d’angoisse absolue que Michèle, assise à la place du mort dans cette Renault Rodéo crème, n’a jamais oubliée. Au volant de la voiture, se trouvait André, chef monteur à France 3 Corse, devenu qqs années plus tard, le mari de Michèle.

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