« J’ai visité la vraie grotte Chauvet »

« Avant même de voir la porte, nous arrivons tout excités sur le sentier qui surplombe les collines d’Ardèche. Je vais avoir l’immense privilège de visiter la vraie grotte Chauvet, fermée au public. »
Sébastien, 40 ans, est journaliste à France 3. Il fait partie des très rares invités à découvrir le lieu. Le public, lui, n’a accès qu’au fac-similé. Une reproduction de ce qu’ont fait les artistes à l’époque des aurignaciens.

« Je connais le récit de la découverte en 1994, on en parle dans la famille, précise ce papa de 40 ans. Grâce aux photos, j’essaie de m’imaginer l’intérieur. Ce que les trois découvreurs ont mis à jour par hasard, sans autorisation, en tombant sur ce trou souffleur : de l’air sortait. Ils ont agrandi la cavité pour descendre dans la première salle, le 18 décembre 1994. »

Porte blindée à lecture biométrique

Le trou a été bouché, et l’intégralité des galeries est protégée au public tant la découverte est sublime.
Le groupe de Sébastien arrive devant la porte blindée. Une paroi de métal très épaisse, système d’alarme, lecture d’empreintes biométriques, caméra en liaison directe avec la gendarmerie. 

Chacun enfile une combinaison, une paire de bottes pour éviter d’importer des bactéries extérieures, un baudrier, un casque. Le guide de la Direction régionale des affaires culturelles (CRAC) ouvre la porte blindée d’1,50m de hauteur. On baisse la tête comme dans un coffre-fort, qui débouche sur une galerie. Il faut descendre 5m par une échelle en aluminium, assuré par une corde. Sébastien tient sa lampe arrive sur une plateforme métallique parfaitement intégrée à la grotte. Ainsi, le groupe peut visiter la longue galerie sans rien toucher. Le guide est formel : Vous allez vivre un privilège rare, pas de photo, ne touchez à rien!
Première salle, du nom de sa découvreuse Eliette BRUNNEL, qui a découvert ce félin peint sur la roche, en 1994. Elle a immédiatement crié à ses amis qui descendaient derrière elle : « Ils sont là! Ils sont passés par là ! »
Main en pochoir à l’ocre rouge, dans la grotte Chauvet

Le tableau de la salle Brunnel représente une panthère d’1,20m réalisée en tamponnage d’ocre à la paume de la main.
« Je regarde ça les mains dans le dos, précise Sébastien. J’essaie de me mettre à la place des trois découvreurs : ils n’avaient pas encore conscience de ce qu’ils allaient trouver. L’émotion était encore celle d’un seul tableau. »
Car au fil des jours, ils ont exploré soigneusement le kilomètre de galerie, posant leurs regards sur des œuvres de plus en plus belles au fil des salles, dans un état parfaitement intact.
Sébastien s’engage sur la passerelle d’aluminium qui relie les salles. Son regard s’évade:
« Chaque tableau a l’air d’avoir été peint à l’instant. Pendant ces deux heures de visite, le temps s’arrête. Dans la salle des bauges, il y a des centaines d’ossements d’ours, et ces bauges où les ours viennent dormir. Ils vivaient et mouraient là. »
Il marque une brève pause, l’œil brillant. « Là je me dis : le temps s’arrête. Je suis dans la préhistoire. J’ai perdu mes repères. J’essaie de réaliser, et je me répète ce chiffre : 36000 ans… Je connais Lascaux, car je viens du Périgord. c’est 17000 ans. Et je comprends pourquoi Chauvet a volé la vedette à Lascaux. Ici, je sens que le temps s’efface. Les ours sont passés si souvent que par endroits, la paroi calcaire est lisse, usée par le frottement du flanc des animaux. Ils se collaient à la roche pour éviter de marcher dans l’eau. Parmi les ossements, les fémurs, il y a un gros crâne d’ours. Si on continue, on va finir par réveiller un ours, ils sont quasiment là, c’est hallucinant, tout est intact. »

En effet, dès la découverte, les spéléo ont tout respecté avec des précautions parfaites. Ils ont appelé le spécialiste de la préhistoire Jean CLOTTES afin d’étudier et conserver immédiatement ce joyau d’importance mondiale. Grâce aux travaux de conservation, le seul élément qui rappelle le présent, c’est la passerelle en alu.
Salle suivante, des mains en positif ont marqué la paroi avec de la poudre d’ocre. Toujours cette main droite d’homme à l’auriculaire tordu vers l’intérieur, mais aussi une main plus petite de femme ou d’enfant, on ne sait pas. Et puis les scientifiques ont du mal à dater ces dessins. L’ocre transmet difficilement la marque du temps. »
Sébastien marche encore, et tombe sur un tableau qui lui donne sa plus grande émotion. « Ce cheval gravé dans la roche meuble avec le doigt, légèrement estompé au niveau de la crinière. Le calcaire est encore humide. Je suis à 70cm de la roche, en examinant le tableau, mains dans le dos. Et je me dis : l’artiste nous a entendu arriver, il est parti se cacher. Ca vient de se faire… Comment cette gravure a pu traverser toutes ces années en restant intacte ? Là, j’atteins des limites d’imagination : 36000 ans, c’est vertigineux.
Je contemple ce cheval, ça sent l’humidité. La grotte résonne du clapotis de gouttes d’eau. On parle à voix basse dans le groupe, et je me sens dans un sanctuaire. Je ne sais pas si c’était sacré à la base, mais on a sacralisé ce lieu, c’est évident. Le premier mot qui m’est venu à l’esprit : C’est magique. Je suis dans un autre temps, vivant un immense privilège. Ce cheval devant moi sur la roche, c’est comme si je voyais ma propre empreinte sur le sol de la lune. »

La contemplation augmente de salle en salle, l’admiration va crescendo. Après une chouette sur un rocher tracée au doigt, à hauteur d’homme, de dos mais la tête retournée qui nous face, un cheval au fusain, avec des techniques qu’on utilise aujourd’hui encore. Les morceaux de charbon sont disposés en tas au sol, pour peindre, d’autres en restes de feu. « J’ai presque peur de croiser un ancêtre vêtu de peaux », songe Sébastien.

Un tableau de troupeau de chevaux, avec la succession des encolures, et la technique de l’estompe du fusain à la paume de la main. Ce tableau comme les autres utilise la forme de la roche pour donner du volume et de la perspective à l’œuvre. Ce cheval au fusain qui épouse l’ombre de la roche quand on l’éclaire à la lampe… c’est tellement observé, c’était déjà des artistes, ceux d’aujourd’hui n’ont rien inventé », s’enthousiasme Sébastien.

« J’ai demandé aux historiens : est-ce que ces découvertes remettent en question les études issues de Lascaux. Eh bien oui, l’évolution de l’art pariétal n’est pas comme on l’avait cru. Car plus de 15000 ans avant Lascaux, on maîtrisait mieux les techniques qu’à Lascaux. C’est de la 3D. On peut même imaginer qu’avec le scintillement des torches, c’était animé. »

Puis le groupe entre dans la salle du fond. L’apothéose. Dans un espace de 20m de diamètre et quasiment 10m de haut, le plus grand tableau s’étale devant leurs yeux. Plus personne ne parle. Sur 12m de large, un tableau à l’ocre rouge et au charbon d’animaux en train de chasser  : bouquetins, lionnes, petit mammouth, rhinocéros… « C’était vraiment des artistes. Picasso n’a rien inventé, commente Sébastien. Je suis resté en extase, les larmes aux yeux. J’en ai des frissons chaque fois que je le raconte. »

Sur le chemin du retour, le groupe découvre également un bassin maçonné avec deux pierres jointoyées à l’argile. Intact, avec l’eau dedans depuis 36000 ans.
« On est au cœur du sacré », songe Sébastien. Qui ressort avec cette sensation : « Je peux mourir en paix maintenant. Après la naissance de ma fille, c’est le plus beau jour de ma vie ».
Martin BOHN

Une émission France 3 pour inaugurer le fac-similé

Visite virtuelle de la grotte

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