Jérusalem: quelques minutes inoubliables

 

Je suis debout, appuyée contre un mur, les yeux fermés. La ville m’entoure, me cerne, me touche. Moi je l’entends, fort, je la respire, presqu’encore plus fort. Je suis à Jérusalem, au pied du Mur des Lamentations. Le fameux, celui qui est resté debout, le seul, après la destruction du Temple. 2000 ans plus tard, il est vénéré par les Juifs. C’est un symbole, c’est leur symbole. Ils sont à côté de moi, ils se poussent entre eux, pour toucher la pierre, prier, et glisser un petit morceau de papier entre les blocs. Un voeu, un remerciement, une supplique…peu importe. Des bouts de papier, il y en a partout, le mur est presque vérolé par le papier. J’entends leurs prières, je sens leur odeur, je devine leur âge.

Ici, nous sommes au coeur de l’histoire du judaïsme. Mais pas seulement. A quelques mètres de là, la Mosquée d’Omar domine la grande place. C’est un autre lieu ultra symbolique, pour les musulmans cette fois. Un beau bâtiment avec une coupole dorée, le Dôme du Rocher, que l’on voit sur toutes les cartes postales . Les Musulmans vont et  viennent sur cette fameuse Esplanade, qu’on a trop souvent filmée comme une scène de théâtre: celui des affrontements entre Israëliens et Palestieniens. Ce matin, j’entends les bruits des pas, des mots en arabe, mais tout est calme, serein.

Je m’imprègne de cette ambiance, car je sais que demain, je serai de retour en France. Et tous ces buits et ces odeurs s’estomperont forcément. Soudain un chant s’élève, ni très hamonieux, ni désagréable. C’est l’appel à la prière du muezzin. Tout proche. Je regarde autour de moi, pas de réaction particulière. Les Juifs continuent leurs prières, comme si de rien n’était. En fait, ils ont l’habitude de cet appel. Tout simplement. Et puis soudain, il y a autre chose, un autre bruit, plus familier cette fois, presqu’un incongru ici… Et pourtant. Ce sont des cloches, un beau carillon, clair, franc et sonore. Une église, mais pas n’importe laquelle: celle du Saint-Sépulcre… Car dans cette ville, on célèbre aussi le Christianisme. Des centaines de milliers de pélerins viennent ici toute l’année.

Je frissonne, malgré la douceur de la température. C’est comme si j’avais une dizaine d’oreilles tout autour de ma tête: les psaumes chuchotés tout à côté de moi, le muezzin, les cloches… Je prends soudain conscience de l’incroyable croisement à la fois géographique et historique sur lequel je me trouve à ce moment précis. Là où tout a commencé. L’histoire d’un dieu, puis de 2, puis de 3. Le début d’une guerre aussi, interminable. Mais ce matin, l’harmonie est totale. Elle transcende tout. Je me sens à la fois entière, vivante, humaine…faisant partie d’une unité presque cosmique. C’est bouleversant… J’ai presque l’impression que mon âme pourrait sortir de mon corps et s’élever dans l’air, flotter au dessus de cette foule qui prie, espère, et croit.

Quelques minutes plus tard, l’appel à la prière s’est achevé, les cloches se sont arrêtées. J’ai relevé ma tête qui était appuyée contre le mur. Mon visage était baigné de larmes.

 

 

 

 

 

 

 

 

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