L’accouchement paternel

J’ai l’impression d’avoir attendu ce moment toute ma vie. Cette fois on y est! Direction l’hôpital. Pour rien au monde je n’aurai raté ce premier rendez-vous avec lui: mon fils.

« Ah putain, je suis en train de perdre les eaux ». Assise sur le canapé, stupéfaite,  elle regarde entre ses jambes avant de plongée ses yeux dans les miens, terrorisée! La bouche bée, le regard écarquillé elle me fixe, perdue. La phrase résonne en elle comme un signal d’alarme, en moi comme le top départ d’une course pour la vie. Le mal entendu est énorme. Elle appréhende ses souffrances, son calvaire, cet enfant qui la quitte quand j’entre enfin en scène excité, concentré, insensible, dopé par l’enjeu : ce rendez-vous  que j’attends depuis neuf mois avec la chair de ma chair.

Dans la petite chambre blanche, sa main serre la mienne depuis des heures. Nous échangeons peu, pendus à l’écoute du haut-parleur qui rythme bruyamment les battements de coeur de celui que j’attends autant qu’elle. Elle m’écrase les phalanges, pour faire face à la violence de cette dernière contraction et hurle de douleur. La sage-femme entre, replace sur son ventre gonflé les écouteurs, regarde une dernière fois la courbe sur l’écran et le verdict tombe : « Cette fois madame il va falloir y aller. » Elle a dit madame, pas monsieur, je l’ai compris depuis mon arrivée ici, si je veux être la jusqu’au bout il va falloir s’accrocher, convaincre et faire ses preuves un homme dans ce moment de femme c’est pas gagné.

Deux heures que je me fais petit dans cette sale d’accouchement. J’angoisse. J’ai peur de ce qu’elle endure. Peur pour la vie du petit. Et pardessus tout, peur de me faire virer. Cà ce passe. Le chef de service débarque. Sa présence rassure tout le monde. a son regard je comprend que j’ai enfin un allier dans la place. Silencieux,  il analyse la situation et dit : « Ventouse » Je m’approche. Personne ne dit rien. Je touche au but, je vois enfin son crane. Le toubib se tourne, me regarde et me dit : « vous voulez le faire.  » Mes jambes semblent me lâcher puis reviennent. J’avance dans un état second, m’applique sur chacun des gestes qu’il me commande. Je tends la main, tressaille, attrape la ventouse collée sur son crane. Mon index gauche glisse en elle, dans un mélange tiède de sang et le liquide amniotique. Enfin je le touche, je le sens, et je réalise qu’a tout jamais je l’aime.

Pierre.

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