L’odeur de la mort nous étouffe: l’éléphant est tout près

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éléphant de la forêt gabonaise

L’odeur soudaine et puissante de l’éléphant nous serre la gorge et nous fige tous les 5. Impossible de le voir dans cette forêt équatoriale dense près de Nyonié. Pourtant il est là, invisible mais tout près. L’odeur est si forte ! J’ai l’impression d’avoir le nez collé à ses fesses. Même ses excréments tout frais rencontrés un plus tôt sentaient moins mauvais. Là, c’est un mélange indéfinissable de peau musquée, d’urine peut-être, de poils imprégnés de sueur… C’est sauvage, inconnu et effrayant. Nous sommes tétanisés.

Un long grognement terrifiant enfle alors derrière le rideau de végétation. Je n’ai jamais entendu un son pareil. C’est comme l’écho d’un grondement amplifié par un porte-voix qui monte crescendo. Mon corps entier entre en résonance et tremble. Le guide se met à courir, remontant la file indienne que nous formons pour progresser dans la forêt gabonaise. Le grognement reprend, plus fort encore et nous transperce. J’empêche le guide de me dépasser, dernier rempart dérisoire et égoïste entre l’éléphant et moi, et me mets à courir. Et nous courons, courons, aussi vite que nous permettent les obstacles : les branches, un gué à franchir sur un tronc, la boue et enfin, ça grimpe. Avec le guide collé à mes basques, moi-même sur les talons de mon ami, je cours, étouffée par la chaleur moite, giflée par les branchages bas, le souffle coupé par la peur, la course et la montée. Nous sortons de la forêt et enfin dans la savane le guide nous dit de nous arrêter. Nous nous regardons, incrédules, haletants, engoncés dans nos vêtements collés par la sueur et nous éclatons de rire.  Nous nous moquons de notre fuite maladroite. Nous sommes heureux d’être vivants.

Gentils grognements d’éléphant

A notre retour à Libreville, une spécialiste des éléphants nous explique qu’il ne faut surtout pas courir devant un éléphant. Au contraire, il faut rester immobile, caché derrière un arbre et attendre de ne plus sentir son odeur. Le cri poussé indique que nous sommes trop proches de lui. L’éléphant grogne pour effrayer ses adversaires potentiels, dernier coup de semonce avant la charge ou sa fuite…. Elle pense que nous l’avons effrayé et que probablement nous étions encore là parce que l’éléphant avait choisi lui aussi de courir … mais dans l’autre sens !

Sur la piste des éléphants dans le parc naturel d’Ivindo (Gabon)

La balade à l’aube sur les traces des éléphants du parc naturel de Wonga Wongué (Gabon) a été arrêtée quelque temps plus tard. Un éléphant a piétiné le guide incompétent et une touriste : deux morts.

Nadine

 

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