L’ascension sacrée vers le Puy de Dôme

Le puy de Dôme

Cela fait 8 mois que je me suis installée dans le Puy de Dôme. Pour me rapprocher des volcans. Mission réussie. Depuis mon nouveau logement, je peux grimper directement vers le majestueux de tous: le puy de dôme. Une sacrée montagne.

Le coeur battant, les muscles des cuisses chauffés à blanc, le dernier virage est en vue. Il y en avait 15. Annoncés à chaque tournant par de petits panneaux jaunes. Le problème c’est qu’on ne sait pas, en bas, combien il y en a. Donc, quand on est au panneau 8, rien ne dit que la fin est proche. C’est juste le virage 8. Il faut donc continuer de s’accrocher, d’arracher chaque pas à la montée.

15.Maintenant c’est sûr, il n’y a pas de virage supplémentaire. Il ne reste plus qu’une grande ligne droite avec en ligne de mire, l’énorme antenne blanche de la station météorologique qui couronne la montagne sacrée. Oui c’est comme ça que j’aime l’appeler, le Puy de Dôme. Le plus grand volcan de la chaîne des Puys en Auvergne. 1465 m. Mais en même temps un lieu mystique. D’ailleurs les anciens ne s’y sont pas trompés, ils y ont érigé un temple de Mercure. Les modernes d’aujourd’hui essayent de lui redonner vie en le reconstruisant. Au bout de la dernière ligne droite, une fois les derniers mètres de dénivelés avalés, on aperçoit le chantier sur la droite au pied de la station météo.

On respire là-haut. Ca y est, j’y suis….et je n’avais rien anticipé ce matin.

le puy de Dôme

 

J’avais plein de choses à faire et finalement tout s’est expédié assez rapidement. La visite infructueuse dans un magasin de ski à la Bourboule pour tenter d’acheter les premiers équipements  – les stations  ouvrent le week end prochain !!! Et puis le nettoyage de la maison en location que je suis en train de rendre. Un coup d’aspirateur, la serpillère dans les recoins, les dernières cendres de la cheminée et hop ! A une heure de l’après-midi, j’étais rentrée chez moi. Ma nouvelle maison baignait dans la douceur du soleil d’hiver. Dehors le ciel était d’un bleu plein de promesses, comme souvent d’ailleurs en Auvergne. Ce nouveau village m’enchante. Il est un point de départ de randonnées. On a beau être dimanche, la rue principale est animée d’un constant va et vient de cyclistes, de marcheurs et même de cavaliers. L’idée me trottait déjà dans la tête depuis le réveil mais là, j’étais décidée. J’allais partir dans la montagne. J’avais envie d’explorer ce GR qui passait juste sous mon balcon. Au pied du volcan de Laschamps, au bout de la rue, il y avait un énorme parking toujours plein de voitures. Le chemin dans le fond me donnait des envies d’exploration. Vers où allaient tous ces gens, vers quels paysages menait ce GR…mais je ne changeais pas, j’avais beau avoir le goût de l’aventure, il fallait malgré tout que je vérifie d’abord sur la carte. Etre sûre… A peine dépliée, elle s’est ouverte précisément sur mon village. J’adore de plus en plus ces petits signes de la vie. Je pris ce « hasard » pour un acquiescement de la vie que ma décision était la bonne. Mais il me sauta tout de suite aux yeux. Cette énorme tâche grise avec ce trait rose fuchsia en zigzag : le chemin des muletiers. Je l’avais déjà pratiqué une fois, je le connaissais. C’était même le lendemain de mon arrivée en Auvergne. A peine les sacs posés, j’avais filé vers la montagne sacrée. Sans le vouloir encore cette fois, j’avais laissé faire ma voiture, je m’étais laissée porter et je m’étais retrouvée au col de Ceyssat. Le point de départ de ce chemin des Muletiers. Ce jour-là il faisait très froid,  il y avait un vent à décorner le bœufs mais je n’avais hésité. J’étais montée et j’avais adoré le point de vue là-haut, l’air, je respire sur les hauteurs. Mais depuis, l’occasion ne s’était jamais représentée. C’était toujours le Sancy qui m’appelait. Alors pourquoi pas. Oui, pourquoi pas ! D’après la carte, le GR y menait directement sans trop de complications.

 

Je partis vite. D’un bon pas. Je sortis du village et à la croix grise sur le bord de la route, je tournais à gauche. Sur les poteaux ou les arbres, les bandes rouges et blanches qui balisaient le GR m’indiquaient que je suivais le bon chemin. D‘abord une grande ligne plate au milieu des champs. De quoi se dégourdir les jambes. J’essayais de ne pas aller trop vite, de ne pas me mettre dans le challenge : arriver là-haut vite d’un pas sportif, si possible plus vite qu’un concurrent…virtuel forcément, il n’y a que moi sur ce chemin. Bref mettre en sommeil l’ego. Prendre le temps de savourer cette marche. De goûter chaque instant, chaque arbuste sur le bord du chemin, chaque pierre sous mes pieds. Mais cela ne marche qu’un temps. Très vite  je déconnecte et je rentre en marche automatique où justement mon mental se coupe. La marche pour moi c’est comme la méditation pour d’autres. Il se passe un phénomène que je ne m’explique pas. Tout disparaît, le temps est aboli, ma conscience se met en sommeil… Le shoot intégral… Je suis devenue dépendante des marches en montagne comme un camé de sa came.

Au bout du chemin, la route, passante, des voitures, très vite. Etre vigilante. Il faut traverser. Je reconnecte. J’entre alors dans une belle forêt d’épicéas. Majestueuse, bien verte, bien alignée, bien montagne, bien Noël. Les épicéas sont mal vus en Auvergne, ils ne sont pas d’ici. Sous leurs ramures, rien ne pousse, le sol est mort. L’ONF tente de guérir le mal. Un rang sur deux a été coupé. Le soleil peut de  nouveau s’infiltrer entre les branches. Le sol est d’un vert  fluorescent. Certainement de la mousse, une forme de vie a pu reprendre. Mon attention est captée. Ce vert me plaît.

Et puis le chemin se met à monter. Mon cœur délicat depuis quelques temps me le fait sentir. J’adopte sans y penser le pas tranquille du montagnard. Dompter le souffle, gérer l’effort. Un pas après l’autre . J’ignore devant moi combien de mètres il reste à gravir. Je continue de savourer cette forêt de sapins. Sur la droite, cette douce monotonie est interrompue par un alignement de boules de pierres. Des bombes volcaniques, je devine aussitôt. La mousse les a également rendus fluo. Je m’approche. Les pierres, ça m’attire, sans explication. De banales bombes volcaniques comme il doit y en avoir tant autour de la montagne sacrée. Mais j’ai envie de voir dans celles-ci précisément un lieu où les druides se réunissaient autrefois. Après les sapins, les hêtres font leur apparitions. Plus aucune feuille, le paysage devient gris-marron. La montée se fait plus dur, le chemin plus caillouteux, plus étroit,  plus aléatoire.  Je n’écoute pas mon petit diable qui me dit que je ne suis pas obligée de continuer. Bonne décision. Très vite, la route apparaît et avec elle, l’auberge des muletiers et son parking. L’ascension commence vraiment. Le soleil est encore haut dans le ciel. Je n’ai plus la notion du temps. Que je marche un quart d’heure ou une heure, c’est la même chose. Je ne perçois plus la différence.

 

 

Mais je sais que la nuit est encore loin, je tente l’ascension. C’est un chemin facile, aménagé. Sa surface est lisse, aucune difficulté à part les 350 mètres de dénivelés en 45 minutes. On y croise aussi bien des gens en chaussures de montagnes qu’en chaussures à talons ! Il y a du monde d’ailleurs. Les Auvergnats ne se font pas priés. Ils ont un terrain de jeu sensationnel et ne s’en privent pas. Mais je me concentre. Sur ma montée. Mon coeur accélère. Il faut que je le contrôle .  Un pas après l’autre. Un pas après l’autre. Virage n°3. Virage n° 8. je commence à faire des pauses. Je n’ai aucune raison de me mettre dans le rouge. Et puis la récompense arrive déjà. Les volcans de la chaîne des Puys, vert foncé comme les sapins qui les recouvrent, apparaissent de plus en plus entre les arbres. Au loin, on voit déjà le Sancy enneigé. L’autre montagne sacrée. Je m’accroche.  Et j’y arrive. Le sommet.  Il reste quelques plaques de neige. Un père et son fils improvisent joyeusement une bataille de boules de neige. Je souris. Je savoure ce petit bonheur. Sur la gauche, un peu plus haut, les parapentistes s’élancent dans le vide les uns derrière les autres.

 

 

Sur l’esplanade aménagée, les visiteurs arrivent par le train à crémaillère et s’éparpillent.  Le temple de Mercure pour les uns, les parapentistes pour les autres. De multiples chemins  font le tour de cet énorme sommet. Ici on n’est pas obligé de se chercher une place comme au Sancy. Là-bas c’est juste une plate-forme panoramique. Ici on pourrait y mettre un stade de foot. Il y a de la place pour les restaurants, pour les météorologues, pour les amoureux de la nature. La vue est à couper le souffle. Le Pariou, le Puy de Come, le puy des Goules, je les reconnais un à un. Des volcans surgis de terre comme  des taupinières.   Au loin, c’est la Corrèze, le plateau des Mille vaches. Le soleil protège l’ensemble d’une lumière orange. J’enjambe une petite barrière et je vais me blottir dans l’herbe. Un petit promontoire à l’écart pour me dissoudre dans l’espace, me fondre dans  les voiles colorées qui virevoltent dans les airs. Pour me poser et capter l’énergie du volcan. Le Puy de Dôme est une montagne sacrée, j’en suis convaincue.

La fin du jour se fait de plus en plus sentir. L’air rafraîchit, le ciel vire du bleu à l’orange. Maintenant il faut redescendre.

 

Stéphanie

 

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