Dans ma voiture, avant l’air de la campagne

 Partir de Paris vers sa maison de campagne est toute une aventure

Malgré l’accident et la pluie, je suis encore dans les temps. J’imagine que mon épouse et ma fille ont installé les couverts sur la grande table de campagne. Je l’ai achetée un prix d’or chez le brocanteur du village.

Ma femme et ma fille ont placé des bougies sur la table du repas

Elles savent que j’aime dîner à la lueur des bougies. Quelques kilomètres me séparent encore de cette ambiance presque médiévale. Demain matin, je serai réveillé par les aboiements du chien d’André, le paysan voisin. J’apprécierai la brume sur les champs et j’irai chercher dans le cabanon des bûches pour illuminer ma cheminée. Depuis quelques années, cette vieille maison est devenue très importante pour moi. Je crois que j’aimerai y passer ma retraite..
Mais j’ai une longue route à faire avant d’arriver.

Enfin, c’est la fin de la semaine de travail. Grâce à deux jours de récupération acquis avec les horaires décalés des tournages sur les attentats de Paris. Je vais pouvoir profiter de quatre jours de loisirs dans ma maison de campagne.

L’organisation est presque militaire. Mon lieu de séjour campagnard est à l’ouest de Paris, à environ quatre heures de route ou de train. En fonction de mon planning et de la météo, je choisis l’un de ces moyens de transport. Le plus facile est de prendre la voiture, mais je dois l’avoir prévu, quelques jours avant. Je dois demander ainsi l’autorisation de stationner mon véhicule dans le parking de l’entreprise, plan Vigipirate oblige. L’autre contrainte est de choisir un début d’horaire, trés matinal, de départ en reportage. Une prise de service à six à huit heures, c’est l’idéal. Je dois me lever à partir de quatre heures trente,  ainsi, je peux partir de l’entreprise à partir de 17 heures. Ensuite, ce sont les éternels bouchons du périphérique avant d’accéder à l’autoroute A6, en direction  de Saint-Arnoult-en-Yvelines.
Une fois que j’ai retiré ma carte de crédit du péage, je me sens revivre. Autour de moi, le paysage s’est transformé. Fini, les barres d’HLM et les pavillons de banlieue. Je ne vois que des champs, surplombés par un ciel changeant au fil des kilomètres. J’ai l’impression que le ciel et ses nuages n’existent qu’au dessus de la campagne. A Paris, il n’y a pas de ciel.

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Quatre heures de route pour rejoindre ma maison bretonne

Je suis au volant d’une vieille berline allemande. En sécurité, bercé par la musique classique à la radio: je n’ai toujours pas réussi à faire fonctionner mon lecteur CD. Il est neuf.

A ma droite, les flèches de la cathédrale de Chartres. Comme pour des millions de pèlerins depuis des siècles, c’est mon repère. Il me reste trois heures de route. Les véhicules qui m’entourent ont pris leur rythme de croisière. A cause des radars, certainement.

Au tableau de bord, je surveille la vie de ma voiture.  A gauche, la température du liquide de refroidissement du moteur qui fluctue selon la vitesse et la température extérieure. En conditions idéales de circulation, le ventilateur de refroidissement ne se déclenche pas. Le gros diesel  ne chauffe que dans les bouchons. A 100°C, le ventilateur se déclenche. J’ai appris dans une revue automobile, qu’il suffit de mettre le chauffage dans l’habitacle pour abaisser la température du moteur. J’ai testé la méthode quand j’étais étais immobilisé dans un bouchon de quatre heures, cela s’est révélé efficace.

Au milieu, le compteur de vitesse et le compte-tours. Quand je roule à 130km/h, le moteur tourne à moins de 3000 tours, inaudible. Seul le souffle des pneus sur l’asphalte me rappelle que je suis dans un véhicule en déplacement.

Discrètement, je jette un œil sur mes téléphones portables, sur la banquette de droite. Le premier, c’est un vieux Blackberry, avec son clavier de mini machine à écrire. C’est mon téléphone personnel, avec lequel je passe mes appels, je reçois mes SMS et mes mails. Le second est celui de l’entreprise. Il me sert à consulter mon planning, chaque vendredi à 17 heures, et lire les notes professionnelles. Quand je suis en reportage, il me sert à photographier les événements que je dois couvrir. Je fais parvenir aussitôt ces clichés  au service Internet de ma rédaction. Ils serviront à illustrer les textes du site de France 3 Ile de France.

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Rouler de nuit est un danger permanent

Au loin, j’aperçois les flashes d’un véhicule de sécurité ou de police. Je dois ralentir. Cela me rappelle à la prudence. L’autoroute n’est pas un long fleuve tranquille. Je me retrouve coincé dans un bouchon qui s’est créé sur la voie de gauche. Des cônes de signalisation, rouge et blanc, interdisent les autres voies.  Au bout de quelques minutes, on nous fait signe d’avancer doucement. C’est un accident. Une petite voiture est sur le toit, une ambulance est à côté. Des policiers tiennent une bâche pour cacher la vue. J’imagine que des blessés sont soignés sur le sol. Un camion est arrêté plus loin avec ses warnings allumés. Y a t-il un choc entre ces deux véhicules ?  Je n’ai pas le temps d’y penser. Car, sitôt passé l’accident, les véhicules qui me précédent accélèrent à fond.

Cet incident ne m’a  pas trop fait perdre de temps. Je pense arriver avant que toute ma petite famille soit couchée. Le temps s’est couvert. Quelques gouttes m’incitent à mettre en marche l’essuie-glace. Soudain, c’est une averse. Les gouttes tapent violemment sur le pare-brise. Malgré l’essuie-glace au maximum de sa vitesse, je distingue difficilement la chaussée. Je ralentis et je choisis de suivre les feux bien visibles d’un camion. Le bruit de la pluie couvre le son de l’auto-radio. Je le coupe et je me concentre sur la route. Je sais que c’est avec ce type de météo que les accidents graves ont lieu.

Je jette un œil sur mes téléphones, rien ne clignote. Tout va bien.

 

 

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