Le parler neutre dans les médias : Une manière de tuer les accents et la diversité des régions

Citez moi un journaliste sur le plan national qui parle en laissant pleinement son accent et sa région d’origine s’exprimer ?
Euh, à part Jean Michel Apathie, il l’ont assez caricaturé aux guignols, je ne vois pas.
Les régions sont passées au laminoir de la standardisation.

Dès le départ, à l’école de journalisme, on nous apprend à parler un français neutre, identique sur tout le territoire. Seuls les départements d’outremer arrivent à y échapper.
A l’époque depuis Bordeaux, j’ai parfois besoin d’oxygène. Je quitte  l’école pour descendre en stop le temps d’un week end, écouter le langage fleuri des poissonnière sur le vieux port : « Les vivantes au prix des mortes, les vivantes au prix des mortes, ailleurs les sardines sont mortes et c’est le même prix ! ».

Ça a commencé avec l’interdiction des langues régionales à l’école.
Avec Jules Ferry, la France qui est majoritairement rurale à l’époque, découvre que la paysannerie est bouseuse. Il ne fait pas bon parler patois : L’élève qui entend  la langue régionale dans la cour de récréation doit refiler   un jeton au camarade qui a fauté. A la fin de la récréation, le dernier possesseur est puni.
Une extinction tranquille est programmée sur fond de honte et de dénonciation.
Enfant, lorsque mes parents, originaires du nord de la France, ont acquis un cabanon dans un village, sur les hauteurs de Marseille, j’ai eu pour la première fois l’occasion d’entendre du provençal. Je décidais de l’apprendre à l’école.
« Quau ten la lengo ten la clau » celui qui détient la langue détient la clef, la phrase de Frédéric Mistral était inscrite sur la quatrième de couverture de mon livre de provençal, et j’ai compris petit à petit combien elle était juste.
Comme une clé pour accéder aux subtilités des codes et de la culture des gens de ma région.
Pour dépasser la superficialité de l’accueil bonhomme du méditerranéen et entrer dans une communication vraie et sans façade.
Aujourd’hui l’accent se niche dans les publicités qui sentent bon la lavande où l’eau pétillante après la sièste. Il rappelle les vacances dans le midi, il fait un peu sourire.
C’est la seule concession que le marketing accorde à la culture : Un rappel de Pagnol, ou de Fernandel via Don Camillo, en forme de clin d’œil aux cousins de province.
Il faut dire que même à Marseille, Marcel Pagnol n’est pas toujours apprécié. L’académicien a surtout vécu à Paris, et lorsqu’il a mis en scène Marseille, c’était  avec les codes de l’exagération  propre au music hall et à l’opérette. Chez nous personne ne prenait ça au premier degré, mais le succès international de l’œuvre, les a un peu santonnifiés, de véritable  personnages de crèche.
Alors oui, parler avec l’accent aujourd’hui fait caricature. Les comédiens de « plus belle la vie » ont été prié de ne pas trop exagérer.
Le téléspectateur ne doit pas se sentir exclu, il doit pouvoir s’identifier au personnage, s’il a trop d’accent, ça ne passera pas  leur a-t-on dit.

Eux qui en arrivant à Marseille parlaient pour la plupart  pointu comme on dit chez nous. Ils se sont pourtant acclimaté depuis dix ans  et font comme nous tous : ils se lâchent entre amis dans une soirée entre collègue. Les accents ressortent,  on sort cette deuxième langue réservée aux copains.
De même en partant préparer un tournage  si je croise des gens qui le maintiennent vivant, je me laisse aller  en forme de signe de reconnaissance.
Aujourd’hui pas d’accent alsacien ou breton à la télévision, pas de météo en basque, d’expert économique avec une pointe de créole.
Les accents sont  encore dans les animations de supermarchés mais c’est  pour vanter la choucroute ou le cassoulet.
Au mieux c’est un code secret pour initiés qui gardent  la connaissance d’un monde qui disparait, au pire l’accent est le vestige de  langues disparues réduites   à un folklore au service de la publicité.

Eric Dehorter

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