Mon rêve secret : mourir sur scène

 

Ca défile dans ma tête. Je n’aime pas cette robe. Je ne vois pas pourquoi le metteur en scène nous a affublées de ces robes moulantes des années 50. Molière ce n’est pas les années 50, non ? En revanche, je suis assez satisfaite de mon maquillage. Discret, mais pas trop. Le trait noir relève l’éclat de mes yeux. On dirait une pub : révéler la féminité qui sommeille en vous. J’ai plutôt envie de partir me coucher, oui!M’enfouir bien au fond du lit, ne plus voir personne, ne plus rien entendre.

Mais non, c’est le contraire qui est en train de se passer. Dans moins de 5 minutes (j’ai le regard scotché sur cette pendule accrochée mollement dans les coulisses), je vais être exposée à mille paires d’yeux braqués sur moi !! Enfin, mille, disons 150, si la salle est pleine. C’est une torture. Offrir son corps, ciel ! ouvrir la bouche, diantre ! et lâcher les mots, pourvu qu’ils sortent dans l’ordre! Jouez, soyez libres ! Mais soyez rigoureux en même temps. Ah oui heureusement, nous avons les indications de mise en scène pour nous rassurer. D’ailleurs je le suis tellement (rassurée) que je suis en train de me dire que j’aurais dû m’inscrire au cours de couture plutôt qu’au cours de théâtre. C’est vrai, confectionner, bâtir, monter un vêtement c’est beau, c’est grand, c’est enthousiasmant aussi. Ah oui, la robe. C’est vrai qu’elle ne me plaît guère. Quand je suis sur la table, à moitié couchée sous cet odieux Tartuffe, elle remonte. La robe.

Et pourquoi d’ailleurs ce Tartuffe est une grande et solide fille de 35 ans qui  me chevauchant  lançe son ‘ Ah pour être dévot, je n’en suis pas moins homme ’ ? Les femmes sont toujours plus enclines à pratiquer des activités de loisir, disent les études sociologiques. Dommage.

Plus que 2 minutes. Il y a Dorine, là bas dans le coin qui me sourit. Dorine, j’aimais bien aussi ce rôle ( Couvrez ce sein que je ne saurais voir, lui lance Tartuffe … et elle plus tard … encore une de vos Tartufferies !). Elle est comme moi, elle a peur. Mais elle, sa méthode pour contrer l’angoisse, c’est de parler. Elle bavarde, elle chuchote, elle murmure, elle rit , ouvrant grand la bouche sans bruit , c’est drôle.

Quelqu’un passe. « Ils viennent d’éteindre la salle ». J’ai du mal à respirer. Je répète ma première phrase. Je repasse dans ma tête mon premier mouvement. Traverser la scène. Coté cour. Cour comme cœur, c’est comme cela qu’on se souvient. Bref, en entrant à gauche, à l’avant scène, je m’arrête et je regarde le public. Et c’est là que je m’évanouis. Pouf, morte de peur. Terrassée.

Soudain, je me rends compte que plus personne ne parle. Ni dans la salle, ni dans les coulisses.

« Vas y , c’est à toi , tout va bien se passer. Merde ». Au théatre, on dit merde pour dire bonne chance.

 

Geneviève

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