Voyage à 123 mètres de profondeur en compagnie de l’apnéiste Guillaume Néry

 » C ‘est un voyage aux frontières des limites humaines, mais aussi et surtout un voyage intérieur ». Guillaume Néry entame son nouveau voyage par une longue inspiration. L’apnéiste s’est lancé un défi. Atteindre le seuil de 123 mètres sous l’eau. Sa performance sera validée par les juges qui, pour l’instant, l’observent en silence. Le français gonfle ses poumons. Il engouffre dix litres d’air. Une réserve vitale pour demeurer 3 mns 30 sous l’eau. Un dernier regard vers le ciel, et l’homme dauphin s’enfonce, tête la première, mains sur la corde, dans les profondeurs de l’océan. Très vite, la pression écrase ses poumons. Mais la sensation lui paraît presque douce, il la fait sienne, l’accepte comme un cadeau. Car elle signe le début de son aventure, l’adaptation de son corps à ce milieu aquatique. Guillaume Néry a le sentiment de se reconnecter à l’origine du monde. L’apnéiste palme avec énergie. De grands mouvements qui le propulsent rapidement au premier palier. Un seuil jouissif :  » A 35, 40 mètres, la phase de chute libre commence, confie t-il, on se sent aspiré par le fond. J’ai alors la sensation de voler sous l’eau, une sensation de liberté extraordinaire ».

« Accepter que l’élément soit plus fort que moi »

Passé ce seuil, il chute de plus en plus vite. Les ténèbres des profondeurs l’absorbent, l’invitent à continuer son périple. Guillaume Néry reste concentré. Il doit passer le deuxième palier, à 60 mètres de profondeur :  le  » bloodshift ». A ce niveau là, la pression devient plus forte, le corps du plongeur se métamorphose. Les parois de ses poumons se gorgent de sang. 20 mètres plus loin,  son diaphragme entre totalement dans sa cage thoracique.  « Cette sensation est désagréable », explique t-il, « mais il faut l’accepter. Accepter que l’eau m’écrase, accepter que l’élément soit plus fort que moi. Je dois lâcher prise pour que la plongée se poursuive ». Elle se poursuit donc. Guillaume Néry dépasse les 100 mètres. Chiffre mythique qui a fait rêver des générations d’apnéistes. Il y a trente ans, le corps médical affirmait pourtant  que personne ne survivrait au delà de ce palier.

« Un grain de poussière au milieu du cosmos »

Non seulement Guillaume Néry y survit, mais il se révèle à lui-même. Il est pourtant seul. Ecrabouillé par la pression dans un froid glacial. Il n’a même plus envie de respirer. Il est au delà de cela. Au delà des sensations humaines. Il ressent un bien être total.                        Il glisse facilement vers les 123 mètres, son « Graal » à lui, avec un sentiment de joie et d’humilité.  » A 123 mètres, j’ai l’impression d’être un grain de poussière qui flotte au milieu du cosmos. Je suis un petit bout de rien au milieu d’un grand tout. Cette sensation est fascinante », livre t-il. Mais il le sait, il ne faut pas trop en jouir. Les minutes s’écoulent inexorablement. Il doit remonter à la surface. Sa place est là-haut, avec les terriens. La remontée lui demande un effort colossal. Il faut palmer deux fois plus fort, lutter contre la narcose, l’ivresse des profondeurs. Elle brouille le cerveau comme une drogue puissante, il ne doit pas chercher à  la contrôler. Et puis, avec  la remontée, les réflexes humains resurgissent. Parvenu à 60 mètres, Guillaume Néry éprouve l’envie brutale et immédiate de respirer. Et pour rester maître de soi,  » il ne faut jamais regarder vers la surface, ni avec les yeux, ni avec l’esprit », assure t-il.  » On doit rester concentré sur la corde et l’instant présent ». La délivrance est proche. L’homme dauphin aperçoit déjà la lumière et accueille avec soulagement l’arrivée des apnéistes de secours. Ces anges gardiens  l’escorteront durant trente mètres  jusqu’à l’air libre. Bientôt, il passera de l’obscurité à la lumière, du silence au bruit. A l’arrivée, il respire comme le nouveau-né qui sort du ventre de sa mère. Goulûment. Intensément. Son voyage est presque fini. Guillaume Néry doit encore trouver une once d’énergie pour lancer  » I’m ok » et valider ainsi sa performance. Il a réussi. Il vient de battre le record du monde.

 

béatrice

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