Ce que j’aime dans le polar, c’est le feu et la glace

C’est mon petit bonheur de ce samedi. Je garde mon bébé seule ce week-end. Je m’autorise un plaisir égoïste : en rentrant des courses, un détour par la librairie. Entre mes mains, le dernier polar de Peter May. Jubilation de découvrir qu’il y en a un nouveau. Il finit dans mon sac.

Je sais que je vais passer le déjeuner avec mon fils à imaginer l’instant d’après. Celui où il va faire la sieste. Où je vais me retrouver seule. Et où je vais enfin pouvoir ouvrir mon livre. La première page est sacrée, je la relis souvent plusieurs fois. Histoire de ne rien louper. De bien démarrer la lecture.

J’ai mon rituel. Je colle les oreillers contre le mur. Je les tapote. Je me cale bien au creux, les jambes sur le matelas, le dos soutenu. Je suis prête.

Les nuits sans lune d’Islande. Les vents qui battent les côtes des Iles Hébrides en Ecosse. Les rues crasseuses du quartier irlandais de Boston. Me voilà ! J’aime le polar. Mais surtout le polar venu d’ailleurs. Celui qui vient du froid ou de la pluie.

Ca, c’est pour la carte postale. Mais il y a bien plus. Le portrait d’un monde sans concession qui m’engloutit. La mort qui rôde. Un univers à la limite du sordide, avec ses repères familiers.

Ces sandwiches, ces burgers, ces parts de pizza graisseuses. Le tout dévoré à la va-vite à bord d’une voiture qui planque. Le café qui tient éveillé lors d’une audition qui n’en finit pas. Les cigarettes fumées à la chaîne. La bière qui coule à flot.

Le manque de sommeil, l’abus d’alcool. Le polar est un genre excessif, brûlant, fiévreux. Il me fait vibrer.

Et au cœur de ce système, l’Homme. Tout petit. J’aime le voir se débattre au coeur de la tempête. Détective McKenzie, commissaire Erlendur, Finn McLeod. Imparfait par nature, brisé par la vie, écrasé par les années. Le héros de polar n’en est justement pas un. Il est mal rasé. Son visage est fripé, ses vêtements froissés, son haleine approximative. Il a probablement trop bu la veille. Il se dissout dans l’alcool. Pour  oublier. Les fantômes du passé et les tourments présents. Son divorce, la perte d’un enfant, un crime odieux, une enquête qui patine.

Ce héros ordinaire se démène avec ses fêlures et ses failles. Deux compagnons de voyage encombrants qui lui collent à la peau. Et l’accompagnent dans sa quête de vérité. Car rien ne le fait dévier de sa cible. Il lutte contre le crime, sa part d’ombre et les turpitudes humaines. Il se bat. Comme tout obsessionnel, il n’abandonne jamais. Le personnage de polar est habité. Il a le feu sacré.

Il veut résoudre le crime, il veut comprendre. Il est humain. Comme moi.

 

 

 

 

 

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