L’apnée : Guillaume Néry aspiré par les profondeurs

Plongeur en apnée, Guillaume Néry bat le record. Il voyage entre deux inspirations. Le bleu l’appelle.

La dernière inspiration est lente, profonde, intense. Guillaume Néry quitte le bord avec dix litres d’air dans les poumons. Le long de la corde qui le relie à la surface, la palme en prolongement du corps, il s’enfonce dans le bleu. Après dix mètres, son corps s’économise. Petit coup de pouce de la nature, son rythme cardiaque baisse quand la pression écrase les poumons.
Quarante mètres, première sensation de liberté. Happé par la profondeur, le corps chute. Plus besoin de palmer, c’est grisant.
Cinquante, soixante mètres, première douleur. L’érection pulmonaire gorge de sang la paroi des poumons. Sinon ils se colleraient comme des morilles sèches.
La chute s’accélère.
Quatre-vingt mètres, la pression s’accentue et l’oppresse, le corps s’affole, ne pas céder, ne pas lutter. C’est au tour du mental de prendre le relais. Il faut lâcher prise. S’abandonner au cocon liquide. Au bleu profond. La lumière n’est plus que résiduelle.
Cent mètres. Chiffre mythique. la limite annoncée qu’il faut repousser. L’esprit fait confiance au corps.
Cent vingt trois mètres. L’obscurité, le froid, le silence. Et paradoxalement, le bien-être. Le corps n’est plus, l’esprit a pris la place baigné dans le grand tout. L’esprit se voit flotter dans l’univers, retrouve le souvenir enfoui de la matrice. Un désir fou prend naissance rester là pour toujours, enveloppé de liquide et d’obscurité.
Mais la place du corps est là-haut, c’est lui qui fait l’effort, qui reprend le contrôle. Les mains retrouvent le lien avec la surface grâce à la corde. Il faut saisir la plaque qui brille dans le noir, le record, cent vingt-trois mètres et pousser. Les jambes s’activent. L’homme poisson remonte sans jamais regarder vers la surface. Le bleu s’éclaircit. Les poumons retrouvent leur volume. La vie est là autour de lui : des anges gardiens l’escortent. La surface. L’air sur la peau, dans les poumons qui se dérident. La joie, le retour en vainqueur des éléments et de son propre corps.

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