L’apnée de Guillaume Néry, l’humilité entre deux inspirations

 

« Ten. Nine. Eight »… Le compte à rebours nasillard s’égrène dans le porte-voix . Bientôt, le calme engloutira tout. « Seven. Six. Five »… En surface, l’eau elle-même ne cache pas son excitation, trahie par son vif clapotis. « Four. Three. Two »… Les hommes-grenouilles s’affairent, en cercle. La nervosité flotte dans un silence de cérémonie. Un chaos muet, au centre duquel un seul homme semble impassible : Guillaume Néry, l’apnéiste des profondeurs.  « One »… Il est prêt à retenir son dernier souffle.

Soudain, une longue et profonde inspiration rugit. Et puis. Plus rien. L’homme poisson va rejoindre les siens.

D’abord, vient le silence. Puis, l’obscurité et le froid. Ce lent voyage à 123 mètres sous les mers, c’est avant tout « un parcours intérieur ». Une plongée, vers l’humilité. Qu’importe la solitude, la pression, ou la peur. Ce long chemin de corde permet de briser ses propres chaînes. Si le corps se tord, c’est pour mieux redresser l’esprit.

Dans la noirceur de l’océan, le temps s’efface. Le rythme cardiaque de Guillaume Néry ralentit. L’infini des abysses, loin de le perdre, lui permet de se retrouver. Rapidement, l’apnéiste n’a plus besoin de palmer. Il glisse, happé par l’ivresse des profondeurs. »Un nouveau monde » s’ouvre à lui. L’oppression qui se faisait sentir, devient progressivement un « cocon velouté ». Il quitte les tensions du monde terrestre. Lâche prise. Atteint le nirvana. Guillaume Néry devient, dit-il, « une poussière d’étoile qui flotte au milieu du néant ». Plus qu’une leçon de plongée, le sportif nous donne une leçon d’humilité.

-123 mètres. Le Graal. La balise. Vient le temps de remonter, de rompre avec l’obscurité. « Ma place n’est pas ici » reconnait l’homme, « je ne suis pas un mammifère marin ». Mais même en quête d’oxygène, son voyage est loin d’être terminé. Car l’essentiel, ce n’est pas de  baigner dans la lumière. Ni même cette ultime inspiration, salvatrice et bruyante, qui homologuera l’exploit mondial. Non. L’essentiel reste bien enfoui sous les fonds. Telle une épave au trésor à découvrir. Même une fois arrivé,  » il ne faut surtout pas regarder vers la surface ».

Laure Linot

 

 

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