Le grand noir : l’apnée en profondeur est un voyage intérieur

Au fond, le bleu est à peine encore perceptible. Dans la pénombre, plus rien ne rattache l’homme à la vie terrestre et à son cortège de bruits, d’agitations, de tensions. Guillaume Néry résume son expérience des grandes profondeurs : « Je me sens un petit point, un grain de poussière dans le Néant, dans l’Immensité, un petit Rien dans le grand Tout ». L’apnéiste français ne cache pourtant rien de l’épreuve que constitue une plongée à plus de 120 mètres. Dans ses conférences, il raconte le froid mordant, la pression écrasante, et les limites humaines qu’il ne manque pas de tutoyer. Pourtant, livré aux abysses, il atteint une sorte de plénitude. « Je me sens bien. J’ai lâché prise (…) Je n’ai plus envie de respirer ».

Cette quête est toujours précédée d’un cérémonial. Guillaume Néry emporte dix litres d’air pour tout bagage. Une longue et lente inspiration gorge ses poumons, puis quelques courtes inspirations saccadées, selon la technique dite de la carpe, permettent d’accroître sa capacité pulmonaire. Sur la vidéo qu’il diffuse lors de ses conférences, il apparaît concentré, déterminé, presque déjà ailleurs. Dans un mouvement lent, Guillaume Néry plonge. Une parenthèse s’ouvre. Le voyage commence.

Sous l’eau, l’homme se souvient qu’il est avant tout un mammifère doté de mécanismes innés, fascinants. Quand la mer referme ses mâchoires, le flux sanguin va alimenter en priorité le cœur, le cerveau, les poumons. C’est un premier « coup de pouce » de la nature. A soixante mètres, un nouvel afflux sanguin remplit les alvéoles pulmonaires, leur évitant d’être écrasées. Guillaume Néry décrit une oppression, « le diaphragme et la cage thoracique rentrés ». Mais devant les éléments, « on ne peut pas lutter » dit-il. « Il faut accepter la pression, accepter de se laisser écraser, lâcher prise. La pression m’écrase, et finalement, ce n’est pas désagréable ».

La chute est vertigineuse. Et que dire de la remontée, un « choc », qui demande un « effort colossal » pour « s’arracher du fond ». L’ivresse des profondeurs gagne l’apnéiste qui navigue entre conscience et inconscience. Puis revient l’envie de respirer contre laquelle il faut aussi lutter.  « Il ne faut jamais regarder vers la surface, ni avec les yeux, ni avec le mental ». A cinq mètres, Guillaume Néry vide ses poumons, pour n’avoir qu’à inspirer en arrivant à la surface.

La première bouffée est une renaissance. L’oxygène alimente de nouveau le corps. L’air fouette le visage. Les poumons se déploient. Le corps est bouleversé. Un oeil sur les juges, Guillaume Néry a quinze secondes pour enlever son pince-nez et montrer qu’il est revenu parmi les hommes. Une parenthèse se referme. Le voyage a pris fin. Guillaume Néry en garde toujours des souvenirs faits d’apesanteur. « Arrêter de respirer, c’est arrêter de penser » dit-il. C’est calmer son mental. Plonger, c’est flotter, comme dans l’Espace ».

 

 

 

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