A France 3, les conditions de travail sur le web restreignent la liberté des journalistes.

Une journée passée à travailler sur le web se termine souvent par une douleur. Mal de crane, mal aux rétines, mal de la colonne. Car le web transforme autant les corps typographiques ou le corpus anima que la posture corporelle.

Vendredi 30 juin, 19h30, fin de semaine : le haut de mon corps, à commencer par la tête et les vertèbres cervicales, se sont penchées vers l’écran là-devant. Comme une pauvre chose re-sculptée dans la glaise. Image de la résignation et du renoncement.

Ecrire toute la journée sur un écran, c’est d’abord cela : une posture assise au bord de la crispation et des yeux qui n’en finissent plus de fouiller nerveusement sur tous les écrans, au risque d’aveugler leur porteur.

Le web, c’est aussi l’absence totale de silence, à commencer par le tapotement de plus en plus insupportable sur le clavier. Et puis ce brouhaha incessant tout autour. Ces voix qui ont l’air de vous parler mais qui s’adressent à d’autres. Et quand elles vous parlent vraiment, vous ne les entendez plus. A la fin de la journée, quand le silence se fait, ça en devient angoissant. La marque de l’horloge, de l’inaltérable trotteuse qui vous clame sournoisement que tout le monde a déserté. Qu’une nouvelle fois vous serez le dernier à quitter la rédaction.

L’autre boulet du web-journaliste à France 3 est la solitude. De celle que connait sans doute le journaliste-secrétaire de rédaction. Seul devant son écran. Aucun interlocuteur à rencontrer. Personne avec qui partager une expérience. Aucune description sensorielle venue agréablement flatter l’oreille ou saisir le regard.

Alors ce qui reste de ce métier extraordinaire, qu’on aurait voulu pousser sur les traces de Joseph Kessel, c’est l’écriture. Mais là encore, il est loin le frémissement des mots qui viennent au bout des doigts chatouiller la plume. Ici point de légèreté. Le titre est tabulé; le chapeau engoncé comme dans un manteau d’hiver qui aurait rétréci :  100 signes pour l’un, 300 signes pour l’autre. Des mots obligatoires à trouver. Mots-clés qui n’ouvrent rien d’autre qu’un référencement sur un moteur de recherche célèbre. Et qui font se ressembler tous les articles. Une seule tête. Une seule couleur. Sur le E tous les chats sont gris! Métropolis est en ligne.

A France 3.fr, le journaliste est encadré, son écriture poings et pieds liés à de supposés clics. Le temps de cerveau disponible est réduit comme peau de chagrin. L’hémisphère gauche trop occupé à rester dans la norme et à résoudre les problèmes techniques. A droite ça s’agite convulsivement, sans parole, comme dans un bocal.

Marre de labourer, de tracé un sillon déjà dessiné avec le même outil désenchanté.

Chez les Indiens d’Amérique, on refusait le travail de la terre. « Travailler la terre empêche les jeunes gens de rêver, disait ce vieux chef. Et la sagesse nous vient des rêves ». Hugh!

Myriam

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