Sauter 50 mètres dans le vide de l’aven d’Orgnac pour se rassurer

Mes jambes tremblent, je suis assis dans un baudrier à 30 mètres au dessus du sol. Mon cœur bat la chamade, je ne sais pas si je vais tenir longtemps dans cette position, j’ai peur du vide. Seuls mes yeux jouissent du spectacle qui s’offre à moi, une immense cavité souterraine avec ses draperies illuminées, ses stalagmites géantes et ses trous noirs. J’ai des étoiles plein les yeux. Je suis perché au sommet de l’entrée naturelle de l’aven d’Orgnac située dans le sud Ardèche.

Je dois profiter de l’instant. J’ai arrêté ma descente en bloquant le descendeur. Je dois rester là pour conjurer ma peur. Respirer lentement et régulièrement pour ne pas paniquer.

Je regarde en bas et je vois quelques visiteurs de la grotte. Ils ont la taille de petits insectes qui rampent sur le sol. Je reconnais aussi le cheminement piéton construit en béton pour l’accueil du public. Cela ne me rassure pas. Car je sais que je suis perché dans le ciel de la terre avec seulement une corde suspendue à mes pieds. Je me rassure en me disant que d’où je suis, j’observe d’un coup d’œil tout l’espace de cette immense salle longue de 120 mètres et large de 90 mètres . Soit un hectare de concrétions naturelles à portée de vue. Mon œil de cameraman s’illumine : un seul axe de caméra pour un seul plan. J’ai la chance d’être à l’endroit précis pour embrasser toute la superficie de la salle.

Je balaye le regard de gauche à droite. Je contemple ce paysage sculpté par les eaux depuis des millions d’années. Une pluie de stalactites blanches tombe du plafond. plusieurs stalagmites géantes de couleurs ocres font une percée dans le temps. Certaines mesurent plus de douze mètres de haut. Combien d’années pour qu’elles se forment ? Je prend la mesure du temps. Je ne suis qu’un insecte accroché à une corde.  A ma droite, je découdre le mannequin de Robert de Joly, dans sa combinaison rouge de spéléo, accroché à une échelle de corde de 50 mètres. C’est lui le premier homme qui ait descendu dans la grotte en août 1935. Il a découvert cette salle qui porte désormais son nom. 80 ans après lui, je marche dans ses pas, ceux d’un explorateur, d’un aventurier.

Le vide me rattrape. Assis dans un siège qui n’existe pas, le sol m’appelle. Je descends. A terre, je suis heureux d’avoir effectué ce qui me tenait à cœur : sauter dans le vide, me surpasser, faire le saut !

Nicolas

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