Visiter Auschwitz et revenir plus vivant

L’immensité. A perte de vue. Birkenau, c’est l’immensité. Je dis « immensité » car je ne trouve pas de mots. Il n’en n’existe aucun, je crois, pour décrire ce que je vois. Grand serait indécent.

Je dis « immensité » sans doute parce que le regard ne sait où se poser. Je longe les rails, ceux construits par les nazis à la fin de la guerre pour amener directement les trains au plus près des chambres à gaz. A droite, le peu qui reste de bâtiments en bois. Devant, le mur écroulé, dynamité, du four crématoire numéro 4. A gauche, les baraquements en dur…dont je remarque immédiatement que beaucoup sont soutenus par des barres de fer.

C’est précis ce que je décris. Mais ce qui est irracontable, c’est l’échelle. L’immensité donc, aussi silencieuse qu’une éternité. La densité du peuplement qu’on tente d’imaginer. L’énormité du crime et du coup l’énormité du vide. Générations sacrifiées : combien seraient-ils aujourd’hui les descendants de ceux qu’on a fait disparaître en fumée? Finalement, l’évidence me cloue presque sur place, moi si petite dans ce paysage infini : ils me manquent, ces Juifs.

Il fait 32 degrés et la morsure d’un soleil trop brûlant pour être vrai, me fait revenir ici. J’avais imaginé visiter le camp d’Auschwitz-Birkenau en hiver, sous la neige, sans doute pour coller à une image. Là, en plein été, voir quelques bleuets et du vert un peu partout, me permet sans doute ce regard distancié, mais dans la sensation du moment.

On peut faire de la visite de cet endroit si pesamment symbolique un moment intense dont on ressortira, non pas heureux mais riche de petits moments. Il faut s’y préparer. Accepter l’idée que, oui, cette fois, on va y aller. Anticiper l’indescriptible  de ce que l’on va découvrir dans le musée, éclaté dans plusieurs bâtiments, par le savoir, la connaissance, l’apprentissage de ce qui s’est passé ici.

Je suis riche de ma première visite à Auschwitz-Birkenau. Cette rencontre d’abord, dès la pièce d’attente de la visite guidée. Un vieil homme est là, assis. Il ne parle ni français, ni anglais ni allemand. Il me fait comprendre qu’il est avec son fils. Et puis il me tend un petit livret sur lequel j’aperçois des mots en hébreu : « kaddish », dit il. Et je comprends qu’il est là, sur les lieux même de la disparition des siens , pour réciter la prière des morts.

Et puis il y a ce ticket d’entrée. Jaune tout autour avec indiqué « Français » pour la langue de la visite et « Auschwitz-Birkenau » sur fond noir au milieu. Je le photographie, petite chose insignifiante. Mon sésame. Car je comprends que je suis à ma place avant même de franchir le fameux portail, surplombé du fameux « Arbeit Macht Frei ». Je suis à ma place et ce sera peut-être moins dévastateur que ce que je craignais.

Dans un couloir, j’ose affronter ces photos. Des clichés administratifs pris par les nazis à l’arrivée des prisonniers. On y lit tout : la stupeur, l’absence totale de repères. Certains sont si perdus qu’ils esquissent un début de sourire, comme on le fait tout le temps pour une photo. D’autres ont posé, le menton haut, défiant l’inéluctable.

Et puis en toute fin de parcours, il y a l’unique baraquement que l’on visite aujourd’hui. Par la fenêtre, près des paillasses, on aperçoit un arbre et un champ de blé. C’est habité. Je me dis que certains occupants de ce lieu, ont peut-être vu ces couleurs, eux aussi. J’entends leur silence. C’est ma plus belle rencontre.

Myriam

 

²

 

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