Moi, flûtiste amateur, j’ai joué avec l’orchestre national de Lyon à l’Auditorium

Dans le hall de l’Auditorium de Lyon, c’est l’effervescence. Plusieurs dizaines de personnes, de tous les âges, un étui à la main ou à l’épaule. Il y en a de toutes les tailles   : long et mince : flûte? petite valisette : clarinette? en forme d’escargot : cor? ou de grosse poire qui s’étale dans le dos : violoncelle?

Tous ces gens sont comme moi : des musiciens amateurs ou débutants, venus se frotter au grand répertoire et à un vrai concert, comme des pros.

Au signal de Mathieu, le responsable des agents d’accueil, c’est presque la ruée vers la salle pour trouver la meilleure place. Beaucoup sont venus en groupe. A plusieurs ça fait moins peur.

Monter son instrument, sortir les partitions, que l’on a téléchargées sur le site de l’orchestre. Et puis très vite s’accorder sur un la, pour ne pas trop dissonner. C’est important l’accord du la. Quand il fait chaud dans une salle, et nous sommes nombreux- le son monte pour les instruments à vent. Jusqu’à parfois presque un demi-ton trop haut.

Et puis il faut s’installer. Pas simple. La consigne de la direction de l’Auditorium était claire : pas de pupitre pour poser ses partitions. Un accompagnant doit servie de « pupitre humain ». Alors on se débrouille comme on peut avec des grands classeurs et des épingles à linge. Les pros eux, vont avoir leurs jolis pupitres éclairés par une petite lampe. Des pros, qui ont déjà dû jouer 20 fois les morceaux du jour. Injuste.

Et les voilà justement les fameux musiciens de l’orchestre national, applaudis comme chaque fois qu’ils entrent sur scène. Le hautbois donne le la. Tour à tour chaque famille d’instruments s’accorde. Dans la salle , le plus professionnellement du monde, chacun en profite pour tester sa justesse. J’ai toujours adoré, comme spectatrice, ce moment magique où l’orchestre joue la même note, le tutti. Et là, j’en fais partie. Je me fais quand même toute petite. Je n’ai pas envie d’être repérée par quelques uns de ces pros que je connais comme journaliste. Zut, l’une des flûtistes m’a aperçue et me désigne avec le doigt à son voisin le joueur de piccolo. Tout le monde se retourne. Je prends l’air affairé.

Et puis tout s’enchaîne. Trop vite. De nouveaux applaudissements, encore plus nourris, viennent de saluer l’arrivée du chef, l’Américain Leonard Slatkin. C’est lui qui a mis en place ce concert participatif. Donné cor(ps) à ce moment de partage collectif où ne doit dominer que l’amour de la musique.  Sans trac. Un mot de bienvenue, quelques instructions et un tempo. Et voilà le premier morceau démarre. Nous, les amateurs, ne jouons pas tout. Et selon son instrument, il faut commencer à la bonne mesure. Et donc compter les silences. Voilà, c’est déjà fini et j’ai l’impression de n’avoir joué que le quart de la partition. Pour le morceau qui suit, il faut que je m’accroche.

Car ce qui suit, c’est le Boléro de Ravel. Ce que je rêve de jouer depuis toujours. La caisse claire lance son rythme qu’elle devra garder pendant toute la durée du morceau. Ta, tatata ta, tatata ta ta ta.Tatata ta, tatatatatatatatata. Le premier instrument, c’est la flûte. Mais en soliste. Le thème s’élève, jouée par la première flûte soliste.

Moi, avec ma Muramatsu tête argent, je vais devoir attendre la mesure 271 pour commencer. Alors quand elle arrive, évidemment on commence avec un temps de retard. Le bout de mes doigts est moite. Ça colle aux plateaux de la flûte.

En même temps, tous ces musiciens dans la salle qui jouent ensemble, fort, trop fort, pour ce final, c’est comme une clameur commune. Un long cri de joie qui se traduit par des notes, écrites là sur la portée.

Tout à coup c’est la fin! Déjà. Les voisins de rangée, ceux qui ne sont pas musiciens, qui ne sont pas de notre caste, applaudissent à tout rompre. Pour un peu on se lèverait pour saluer. Et en une enjambée, je grimperais bien sur scène, moi, habillée en queue de pie, devant mon public.

La salle se vide. Une caméra est là qui fait des interviews. Je l’évite, rendue à ma condition d’amateur. Je dois rentrer. J’ai des gammes et des arpèges à faire et un morceau à déchiffrer. Comme à mes débuts.

Myriam

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