J’ai appris à aimer la nourriture forte du Cameroun

Le soleil frappe fort. Le vin de palme va me jouer des tours. Ce petit vin fermenté couleur de lait n’ a pourtant pas l’air très alcoolisé. Quelques mamans enrubannées dans leurs pagnes  m’ont sagement recommandées de me méfier de ce breuvage  « Il est traître, il vous tue un homme ! »… Je bois plusieurs verres de ce vin issu des palmiers, il fait si chaud sur ces collines du pays Bamileke dans l’ouest Camerounais.

Sur la place du village, au rythme des tambours, les danses s’enchaînent. Je suis aux funérailles du grand-père de Jean-Batiste Monbo Djoya, metteur en scène de théâtre à Yaounde. Durant trois jours, ce petit village célèbre les dix ans de sa mort. A un moment donné auquel je n’assisterai pas, la famille déterra le corps pour y récupérer son crane.

Les corps sont fatigués, la musique s’est tue mais elle résonne encore dans la tête, le soleil se fond dans la végétation. Les plats sortent des maisons en terre sèche. A l’ombre des arbres, ils sont disposés sur la table comme autant d’offrandes. Le poulet directeur général et ses bananes plantin frits, le ndolé et ses crevettes, des plateaux entiers de bâtons de manioc, et le Nkui, du gibier à la sauce bamileke, jaune et gluante. Et forcément, Les bouteilles de bière, à foison, la Castel, la Beaufort et la Mûzig, en bouteille d’un litre s’il vous plait, la plus courante.

Mon choix se porte sur le N’dole, un plat du littoral. Sa texture s’apparente à une purée verte, d’un vert doux qui me paraît appétissant. Ce sont des feuilles de Vernonia bouillies mélangées à une pâte d’arachides fraîches et de quelques épices. Jean-Baptiste, tout sourire, me dit « tu verras ça ressemble aux épinards ». La Vernonia est une plante légumière connue pour son amertume. Il faut, paraît-il, laver plusieurs fois les feuilles pour les rendre moins amers. Dans mon assiette, quelques petites crevettes pointent le bout de leurs antennes.

Heureusement que j’ai été prévenu ! L’âpreté est bien au rendez-vous. Dans ma bouche, la bouillie se marie avec l’écœurement. L’aigreur de ces feuilles me font blêmir. Au loin, j’aperçois quelques visages qui ricanent. Ils n’ont pas dû laver plusieurs fois les feuilles ! Le sucré des arachides ne suffisent pas à masquer la dureté de ce plat. Je bois la bière au goulot, envolé le protocole, bas les masques, çà me fera passer les bouchées. Je me sauve quelques instants en croquant les petites crevettes dont je connais la saveur. L’huile de palme fait maintenant son apparition dans l’assiette. Bien orangée, liquide et grasse. Moi qui ne suis pas familier avec l’huile, je suis servi ! Je ne vais pas me décourager pour autant, je dois faire honneurs à mes invités. J’avale et je bois. Ma bouche est en feux, les épices assurément ! A ce moment, là, Jean-Baptiste me propose de goûter au miondo, ces petits bâtons de manioc enroulés dans des feuilles de palmier : « goûte, tu vas voir, çà va bien avec le N’dolé ». Je déroule le bâton et je prend cette pâte blanche qui ressemble à du caoutchouc. Un gout rance, élastique. Je risque de vomir. Allez encore une bière, il faut tenir…

Les scènes comme celles-là, j’en ai fait des dizaines durant mon séjour au Cameroun. Aux quatre coins du pays, goûtant aux différents plats régionaux. 20 ans plus tard, j’ai oublié la force de ces saveurs que j’avais fini par apprécier avec le temps. La bière, le ndolé et le bâton de manioc me manque terriblement et tout ce qui va avec !

 

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