Claude Bourguignon, le microbiologiste seul contre tous

Cela fait 40 ans que le microbiologiste Claude Bourguignon tient le même discours. La terre se meurt, nos sols s’appauvrissent. Quitte à se faire quelques ennemis. Alors, véritable lanceur d’alerte ? Ou simple trublion médiatique ?

Il aurait pu se contenter d’un poste confortable à l’Inra (l’Institut national de la recherche agronomique). Mais c’est avec fracas que Claude Bourguignon en a claqué la porte en 1989. Avec sa femme sous le bras. Changer les choses de l’extérieur plutôt que se compromettre, voilà le pari de ce microbiologiste atypique. Depuis 40 ans, armé d’une pioche et de fioles, il parcourt le monde. Sonde les sols. Analyse ses échantillons dans son propre laboratoire. Et dresse un constat sans appel.

La terre s’est considérablement appauvrie. La biomasse (vous savez, cette matière organique d’origine végétale, animale, bactérienne ou fongique utilisable comme source d’énergie) disparaît à vitesse grand V. Tout comme l’humus, pourtant indispensable à la fertilisation de la terre. La faute bien sûr à l’agriculture intensive, l’utilisation des pesticides, mais aussi aux engrais. Selon lui, « moins on travaille la terre, plus elle est fertile ».

« Un illuminé de la petite graine »

Un discours que Claude Bourguignon égrène de congrès en congrès. De pays en pays. Devant des salles combles. Faisant de lui, aux côtés de Pierre Rabhi, le chantre de l’agriculture raisonnée. Ou pour ses détracteurs « un illuminé de la petite graine ». C’est selon. Car son discours a un objectif assumé : faire peur pour convaincre. Quitte à paraître simpliste. Quitte à choquer la communauté scientifique : « le sol est mort ». Quitte à comparer l’incomparable : les sols tropicaux, anciens, qui n’ont pas subi les glaciations et les sols des régions tempérées, moins fertiles, très sensibles à l’érosion. Quitte surtout à se faire beaucoup d’ennemis : les agriculteurs, les multinationales et la FNSEA, régulièrement pointée du doigt. Sa phrase choc : « l’humanité ne mange que des plantes malades ». Certains regrettent aussi que le scientifique minimise le mouvement de fonds. Car peu à peu, les agriculteurs prennent conscience des enjeux, se forment et s’organisent. C’est l’association BASE dans l’ouest de la France, ce sont les tenants de l’agriculture de conservation, c’est le développement constant des techniques culturales simplifiées… Etc, etc… Certainement que Claude Bourguignon juge tous ces changements trop lents. Que le temps presse. Il y a urgence pour la planète.

Une urgence qui pousse le presque septuagénaire à se rendre aux confins du monde, du Chili jusqu’en Australie. Sa mission : accompagner les agriculteurs réceptifs à des techniques agricoles respectueuses de la terre. Les faire renoncer au travail mécanique et laisser la biodiversité des sols faire le travail. Histoire d’inverser la tendance.

Car s’il est alarmiste, Claude Bourguignon n’en est pas pour autant pessimiste. « En une quinzaine d’années, on peut faire revivre un sol passablement fatigué. Cela prend du temps, mais c’est possible. »

Espoir. Tout n’est donc pas perdu.

Aude

 

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