Je suis journaliste télé. Et j’adore mon métier.

Bientôt 15 ans que je pratique ce métier : journaliste télé. Plus qu’un travail, une seconde peau, une identité. Je suis journaliste télé. Journaliste télé. Un métier loin des clichés et des parodies comme cette petite vidéo qui fait le buzz sur Internet.

 

« Je suis journaliste télé. Jourrr-nâ-lis-teux ! té-lééééé !…. » Dis comme ça, ça claque. Enfin, je crois. J’espère. Même si pour être tout à fait honnête, je fais seulement un bœuf auprès des vieux et des ados. « Non Steeven, je ne connais pas Cyril Hanouna. Mais je ne manquerais pas de lui transmettre ton bonjour. Oui, Bernadette, on regrette tous le départ de Julien Lepers (que je ne connais pas). Et de Derrick, 25 ans de carrière sur France 3. Que je ne connais pas. » Bref, journaliste télé, c’est donner du rêve. Faire briller les yeux du téléspectateur qui parfois nous croit au-dessus de la mêlée : « Ah non, moi, je n’ai pas de factures à payer » (rires). « Le chômage ? Connait pas » (re-rires). C’est d’ailleurs pour ça que j’emploie une voix spéciale. Pour bien montrer au téléspectateur que je suis à part. Comme initiée à tous les secrets. Intonations, ponctuation, silences, inflexions… je fais ce que je veux avec les mots. J’envoie valser comme ça me chante les règles de français. Une liberté qui m’arrange bien lorsque je fais une liaison « maltapropos ». Les écrits restent mais les mots s’envolent. Mon ton est parfois grave, assez approprié pour parler d’un meurtre d’enfant, par exemple. Ou rieur, très très conseillé pour parler météo, chiens ou chats. Ça marche bien. La présentatrice, ma première téléspectatrice, y est d’ailleurs sensible. Je sais lui donner la patate ou la larme à l’œil à chaque fin de sujet. Biensûr, on pourrait m’objecter que mon ton n’est pas très naturel, pas très personnel. D’ailleurs, ma mère me dit souvent : « J’ai entendu un de tes reportages à la télé. Enfin, je suis pas vraiment sûre que c’était toi. Vous parlez tous pareil. » Mais j’en fais fi car je sais que c’est ce qu’on attend de moi.

Ah oui, parce qu’il y a un autre truc chez les journalistes télé. Nous sommes des professionnels très consciencieux. Voire scrupuleux. On te dit qu’il fait beau. Et bien, même si ta vue est brouillée ce jour-là, tu sais que ton chef détient une part de vérité qui t’a certainement échappé. Il ne fait peut-être pas beau tout de suite maintenant. Mais il a fait beau auparavant. Et après la pluie le beau temps comme disent les Normands.

J’avoue, j’avoue. Moi aussi j’aurais aimé être une grande reporter de guerre. Mais ma guerre, depuis un an, c’est plutôt voies sur berge, flop du Vélib et déroute d’Autolib. Je me dis qu’il suffit d’être patient. Deux guerres mondiales au XXe siècle, ça ne devrait plus tarder. Et puis, en attendant, je pourrais toujours me mettre sous la dent une crue centennale, un attentat ? J’adore mon métier, car on ne sait jamais de quoi il sera fait.

 

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