L’équipée sauvage de deux enfants à mini moto, dans les rues de Langrune-sur-Mer

Mes mains sont agrippées au blouson de Mickaël. Un blouson en cuir marron avec un col aviateur, à la mode. Cela fait déjà dix minutes que nous filons à tout berzingue dans les rues de Langrune-sur-Mer. Avec nous deux, les passants n’ont qu’à bien se tenir. Nous ne nous arrêtons pas. Un feu rouge. Deux feux rouge. Nous roulons comme des fous. Faisons une embardée sur un passage piéton pour éviter… oh, zut, je la connais. Si elle dit à mon père que j’ai failli la renverser, sûr, je vais me prendre un savon. Mais les protestations de Madame Deveaux sont déjà étouffées. Nous poursuivons notre route, enragés. Mickael avec son petit casque rouge et moi cheveux au vent. Avant de débouler sur la plage, notre terrain de jeu préféré.

La mer est basse. Le sable imbibé reste ferme sous les roues de la moto. Un tour, deux tours, trois tours… Dans les flaques à s’arroser. Manquant 20 fois de nous planter. Coupant la route aux cavaliers. Avant d’être nous-même stoppés : « Gendarmerie ! ». Aïe… On les avait pas vu venir ces deux-là. Les militaires, la mine sévère, nous surplombent de leur hauteur. Impossible de se dérober. Fini la rigolade, on est mal barrés.

La suite est classique : demande de papiers, immobilisation du véhicule sur la digue, puis moto embarquée. Nous n’avons plus qu’à repartir à pied chez Mickael. Chez lui, nous attendent des copains et ma cousine Juliette, en pleurs. Elle est persuadée que nous allons finir en prison. Les gendarmes sont là aussi. Bien décidés à ne pas nous lâcher. Ils veulent voir les parents de Mickael qui, heureusement, sont partis au travail. A 8 ans, mon copain de classe est souvent seul. Presque tout le temps même. C’est d’ailleurs pour lui tenir compagnie que ses parents lui ont offert un boa, un toucan, une tortue terrestre et un iguane. Une petite ménagerie installée au beau milieu du jardin et que je contourne soigneusement à chaque visite. C’est peut-être aussi pour se faire pardonner qu’ils cèdent à tous ses caprices. La dernière en date : cette petite moto qui file à 30 km/heure et que toute la classe de CE2 a envie d’essayer. « Et vous Mademoiselle, où sont vos parents ? Heu… moi ? ». J’avoue. Mon père est le médecin du village. « Le docteur Blacher ? Oui… » Je le crains, à défaut de finir en prison, je risque bien d’être placée en quarantaine. Mais ça en valait la peine. Que vaut une punition à côté de ces quelques minutes de liberté, la bride lâchée ?

Finalement, par je ne sais quel miracle, jamais mes parents ne me reparleront de cette histoire. Sauf un jour, il y a 22 ans. J’étais en Allemagne, en voyage scolaire. Ma mère m’appelle et m’annonce sans détour : « Mickael est mort. En moto. » Elle poursuit. « C’était sa passion, tu sais. Quand il était petit, il en avait une et il me faisait peur. Je me disais qu’il finirait par avoir un accident. D’ailleurs, tu te rappelles Mme Deveaux, la patiente de papa ? Elle a bien cru te voir dessus une fois. » Qu’est-ce qu’on avait bien rigolé ce jour-là.

Aude

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