Dans la fabrication d’un fromage il y a du lait mais aussi des bêtes, des producteurs et des histoires sur la route des fromages à vélo.

Claire est ingénieur en agroalimentaire. Elle a deux passions : le fromage et le vélo.
Elle en a fait un métier pour la première : elle travaille à la laiterie de Val d’Ancenis.
Et un moyen de transport pour la deuxième : elle découvre les paysages de France à bicyclette.

« Ce qui me fascine, c’est la diversité des fromages que l’on peut fabriquer à partir d’une même matière première noble, le lait. Mais c’est aussi le lien unique qui existe entre un terroir et les caractéristiques propres de ses fromages. » raconte Claire.

Alors un beau matin, elle a décidé de partir à la découverte des hommes et des femmes qui fabriquent tous ces fromages de nos belles régions. Le projet «  la routes des fromages à vélo » est né.
Claire a passé 6 mois sur les routes, avalé 5000 kilomètres à coup de roues de vélo et rencontré plus de 70 producteurs. Tous ont une seule et même passion du fromage muée en véritable philosophie de vie.
Derrière chaque fromage se cache une histoire. Le Neufchâtel, par exemple, ce fromage en forme de cœur qui date de la guerre de 100 ans était offert par les dames à leur prétendant partant à la guerre.
Son périple révèle qu’il y a autant de fromages que de fromagers. Si chaque producteur, productrice a ses propres techniques d’élevage, de traite et de fabrication, tous travaillent à partir du lait cru.
Et ce lait cru, ce sont des vaches, des brebis et des chèvres qui le produisent, mais pas n’importe lesquelles. Derrière chaque fromage à l’appellation contrôlé  il y a une race bien spécifique. Certaines sont en voie de disparition comme les brebis basquots qui ne sont plus qu’un millier  en France.

Ce film et son blog sont une invitation à découvrir ou redécouvrir la richesse et la diversité de tous les fromages français. Etant les plus gros consommateurs de fromage avec plus de 26 kgs par an, il serait un tort de s’en priver.

Publicités
Publié dans Uncategorized | Tagué , , | Laisser un commentaire

La folie des fioles : je collectionne les flacons de parfum, et j’aime ça

J’en ai des grosses. J’en ai des petites. Parfois ça sent bon. Parfois, quand c’est trop vieux, ça pue.
Des fioles de parfum. Je les collectionne.

Je me rappelle. Les premiers échantillons en papier alu tout plats. Je les ai volés dans un magazine chez le dentiste. Je les revois, collés sur une publicité. Ils n’attendent que moi, je le sais. Je soulève la languette. Le parfum s’échappe en se tortillant comme le génie sorti de sa lampe. Ca sent l’alcool et les femmes maquillées. La fourrure, le cuir, le whisky et le caramel. Je rêve de Paris.

Vite, vite, décolles-les, ces échantillons, et enfournes-les dans ta poche. Personne ne te voit. La salle d’attente est très sombre, je m’en souviens. Un cabinet de ville dans le Toulouse bourgeois des années 70. Des tapis mous, façon Savonnerie, pas savonnés du tout. Un parquet qui couine – on marche sur la pointe des pieds. Trois fauteuils Louis XVI élimés. Les murs noircis et l’air épaissi par la fumée de la pipe.

Ces larcins sont fondateurs. Je voudrai toujours retrouver cet interdit, ce rêve, et l’élégance mélancolique d’un fauteuil fâné.

Je n’en ai jamais eu assez de ces échantillons. Plus j’ai grandi, plus j’en ai voulu. Ainsi, Paris me semblait moins lointain. Le parfum, c’est la capitale et ses jolies pépées. Les talons effilés comme la Tour Eiffel. J’ai besoin de rêver et de m’inventer des histoires. Alors, je collectionne.

Et puis un jour : un cadeau. De l’eau de toilette.
Eau de toilette, ça me fait penser à de l’eau pour les toilettes. Mais, là, ça sent bon. Le muguet et le lilas qui explosent sous le soleil. L’herbe coupée. Ma meilleure amie qui rit sous la tonnelle aux glycines.

Le flacon ne m’est pas destiné. Dommage, parce qu’il me plaît bien. Il scintille avec son verre taillé en pointes de diamants. Il doit coûter cher. Le fric, c’est chic, je me dis. Et donc, depuis, j’aime scruter les flacons de parfums parce que ça sent le luxe et l’argent. Et comme l’argent procure l’illusion de la liberté : je collectionne.

Tiens, j’y songe. Je collectionne les flacons de parfum aussi pour leur beauté. Un peu froide, un peu distante, classe – toujours. Ils racontent l’histoire de mon héroine de série télé qui roule à fond la caisse en Mercedes décapotable, le brushing inamovible. Le parfum de l’aventure, version Charlie et ses Drôles de dames.

Depuis, j’aligne les flacons. Sur ma petite étagère, là. Le nid à poussière. Je les classe par marque et par couleur. Je les caresse – surtout, en fait, quand ils sont lisses. Ca glace la pulpe de mes doigts et réveille les souvenirs. Parfois aussi j’imagine le vent des steppes argentées de Mongolie. A moins que ce ne soit le cristal en fusion. Une peau croisée un soir de hasard.

En vieillissant, j’ai appris que le flacon de parfum nourrissait à la fois un artisanat, un savoir-faire, et une industrie. Qu’il y avait des noms de couturiers qui se vendaient comme des marques. Que certains en avaient fait leur métier – les nez – ou leur business – les banquiers. Que oui, décidément, ces flacons sentaient le fric.
Ca ne me dérange pas. Je continue à collectionner les flacons de parfums parce que je suis resté un petit garçon, voleur d’échantillons.

Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

Entre terres et territoire : Comment se nourrir de ses racines

C’est une terre, un territoire que je savoure du regard, sans cesse. Une terre qui me nourrit.

Les chênes majestueux, les haies   hétéroclites, les parterres de vivaces multicolores, le champ qui accueille le soleil couchant.  Cette terre, je l’aime, viscéralement, je l’admire. Elle est en moi. Elle m’est presque vitale…

Cette bulle verte est perdue, au  bout d’un hameau, dans une région de bocages, en plein Berry. Au milieu des champs de blé et des troupeaux de vaches.

C’est une ancienne ferme, la maison de vacances de la famille depuis près de 50 ans. Tout autour, deux hectares de terrain, entre champ et jardin.

Difficile d’expliquer ces liens viscéraux qui me lient à elle. Quand je foule son sol, elle fait naître en moi une émotion.  Je l’observe avec bienveillance, avec admiration. J’aime  cultiver, tailler, désherber, raviver cette nature qui est la mienne. Lui redonner sa splendeur naturelle.

Ce qui m’anime, le souci de l’esthétique, un peu comme un peintre devant sa toile.

Les sons de l’herbe qui plie sous mes bottes  et ça y est je suis plongée, enracinée dans mon théâtre de verdures

J’oublie tout, la terre devient ma nourriture. Mon jardin, cette bulle de bien-être extrême que je ne retrouve nulle part ailleurs.

Mon regard balaye tout le jardin, se repose sur les branches des charmes, des poiriers, des noisetiers.

Cela m’apaise. j’ai le sentiment de renaitre.

Je m’  attaque aux parterres  qui longent la maison, souvent envahis par des herbes indésirables.

C’est le premier tableau qui me saute aux yeux et que je m’empresse de faire renaitre.

Je plonge mes mains dans l’argile souvent imbibée d’eau, j’arrache avec force les herbes jusqu’aux racines. Je veux libérer mes fleurs de leurs ennemies parasites, les cultiver, les arroser, les protéger comme le petit prince et sa rose.

Ma  bêche s’enfonce inlassablement dans la terre, jusqu’au dernier parterre. Jusqu’à épuisement souvent.

Mais quand je prends du recul, quelle satisfaction !

Mes mains sont sales, les fleurs ont repris de leur splendeur.

Vient le tour des arbustes, le bignonia ou la glycine, et autres frênes et charmes. Je touche leurs feuillages vigoureux et sensuels…Ils ont pris leurs aises dans les haies depuis mon dernier passage. Ils croulent sous le poids de branches, l’air accablé. Je m’applique à les délester, mes cisailles en main. Je taille les haies, du haut en bas. A mains nues, enfoncées dans la terre J’arrache lierres qui emprisonnent leurs pieds et risquent de les  étouffer. Je veux les libérer.

Je dois parfois me hisser sur la pointe des pieds tout en pressant les deux lames de mes cisailles de toutes mes forces. J’aspire à redonner à mes haies métissées et ébouriffées, une meilleure allure,

Je me sens presque en osmose avec l’essence des arbres, avec la sève qui coule dans leurs branches.

Le soir, le soleil me livre ses rayons dorés à travers le tas de bois… Ici règne un royaume de générosité.

Cette immersion dans les profondeurs, et les racines de ma terre, génèrent en moi un sentiment de plénitude, de sérénité, une régénérescence absolue.

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

Attention : la passion pour la peinture est une addiction

76-2553-150_ph_web

 

« Dis maman, pourquoi tu pleures ? » Mon fils de 12 ans ne comprend pas pourquoi en plein milieu du Musée, sa mère pleure. Impossible d’expliquer. Je suffoque et j’ai du mal à trouver les mots. J’arrive juste à articuler «  Parce que c’est trop beau »

Je suis une boulimique de tableaux. Une droguée des Musées et des expos.J’use et j’abuse de ces longues heures à regarder  les toiles de toute époque, de tous les styles. La limite à mon addiction, ce sont mes pieds. Quand ils ne peuvent plus me porter, quand faire un pas devient une douleur, j’arrête. Mes yeux se ferment. Dans mon cœur, dans mon corps, j’ai amassé des trésors. Je suis repue. Pendant les heures qui vont suivre, je serais ivre. Ivre de bonheur, de beauté. Ebouriffée par les émotions ressenties. Eparpillée dans l’espace par la magie d’un pinceau. Pour moi, regarder un tableau génère des sensations fortes très concrètes.

C’est le but du jeu me direz-vous :  « L’artiste a voulu nous donner à voir et à ressentir. C’est le but de l’art, la communication, l’échange ». Soyons clairs. Le discours officiel n’a pas de place dans ma passion. L’histoire de l’art, la vie de l’artiste, son époque, ses amis, sa famille, ses voyages. C’est facile. C’est appris, intégré. Du jus de crâne pour nourrir mon cerveau.

La technique, le savoir-faire de l’artiste, la construction de l’œuvre, la déconstruction de l’œuvre. Ça s’apprends, je l’apprends. Je le comprends.

Cela ne sert qu’à meubler l’absence. L’absence de l’œuvre lors du vrai face à face. Dans cet instant, hors du temps, où je ressens par le regard, rien qu’avec les yeux : les odeurs, les saveurs, le vent, l’espace, la douceur, la douleur, la noirceur, la peur, la joie, le bonheur, le malheur, la mort, la vie…

Je m’appelle Sabine et je suis une droguée de peinture.

 

 

Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

Novembre au jardin : les pieds sur terre, les mains noires

Les rayons solaires ont transpercé le brouillard. Cette journée de novembre resplendit. Le jardin m’attend.

Une journée de novembre en Chalosse. Une journée idéale pour jardiner

« A la Sainte Catherine, tout arbre prend racine« . Les bottes, les gants, en avant. Dès que je les enfile, je sais que rien ne m’arrêtera dans ma relation avec eux. Les arbres, les arbustes, les fleurs, la terre.

Mes bottes froissent l’herbe encore bien mouillée. L’herbe zippe, chante à chacun de mes pas. Mes bottes se nettoient mieux que jamais. Elles brillent presque. Un cirage à l’eau naturel.

J’ai décidé de planter cet après-midi. Le pêcher de Xavier, un poirier offert par Lloyd, et puis trois cyprès, un arbousier, un hibiscus, cinq palmiers. Je n’en ai jamais assez. Heureusement que les trous sont faits. Je les fais toujours la veille. Dans cette terre de Chalosse, je me méfie des mauvaises surprises. Un os, une pierre, une épaisse couche d’argile tassée depuis des dizaines d’années. « Prépare ton sable, ta terre et ton compost » me disait le grand-père avant de regagner son jardin rouergat. J’ai presque pris exemple sur lui.

Pour effectuer le mélange, je respecte la règle des tiers. J’ai perdu ma pelle. Je refais chanter l’herbe pour aller la chercher au fond de la cabane. J’ai déjà chaud aux mains et je sais que mes gants ne vont pas résister longtemps. Comme pour la pâte à gâteau, j’ai besoin de travailler à la main. A la main dans ce compost encore tiède et légèrement fumant. Le sous-bois remonte alors à mes narines. Il doit forcément renfermer des milliers de champignons microscopiques. Si je leur donnais une chance, peut-être deviendraient-ils des cèpes ou même des girolles ?  Je distingue encore quelques feuilles de chênes dans ce noble compost.

Le sable est froid. Tellement froid que j’en attraperai l’onglet. Celui qui serre la main, puis le bras, puis le cœur. La terre est noire mais légère. Fine mais riche. Elle file entre mes doigts lorsque je la soulève. J’adore cette terre qui sent le terrain de foot retourné après un match. Cette puissance minérale, comme des entrailles qui font surface. Mon mélange est prêt. Le poirier de Lloyd sera le premier. Ses racines sont nues, petites. Elles filent dans toutes les directions comme si elles criaient famine. Et elles ont faim. L’arbre a déjà un tronc de 5 centimètres et il se dresse fièrement sur 1m40 de hauteur. Le pépiniériste l’a parfaitement taillé en étoile qui pointe vers le fin fond de la galaxie. Je le plonge un instant dans l’eau. Les racines bougent. Je les vois s’abreuver sans modération. Elles boivent comme un bébé tète goulûment le sein de sa mère, avec du lait au bord des lèvres. Les racines en profitent.

Le poirier est calé, droit. Poignée après poignée je scelle son sort. Le mélange est suffisamment léger pour  s’entremêler facilement dans les racines. Je tasse sans appuyer. Mes deux fourches à cinq doigts ne veulent plus s’arrêter. Je suis bien dans cette terre. J’espère bien faire pour ce poirier.

L’arrosage de départ est primordial. Quand on est généreux avec les arbres, ils vous le rendent au centuple. Il ne manquera pas d’eau. Des bulles d’air remontent à la surface, le poirier se détend.

Mes mains sont noires mais elles ne sont pas sales. Sur mes ongles la terre a commencé à sécher. C’est mon vernis préféré.  Je ne remettrai pas ses foutus gants pour planter la suite. Alors je refais chanter l’herbe.

Clément

Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

MIRACLE A BORD D’UN NAVIRE DE SAUVETAGE DE MIGRANTS DE MEDECINS SANS FRONTIERES EN MEDITERRANEE UNE SURVIVANTE CAMEROUNAISE DONNE NAISSANCE A SON BEBE

MIRACLE A BORD D’UN NAVIRE DE SAUVETAGE DE MIGRANTS DE MEDECINS SANS FRONTIERES 

UNE SURVIVANTE CAMEROUNAISE DONNE NAISSANCE A SON BEBE AU MILIEU DE LA MEDITERRANEE

 Anne-Corinne 

C’est sans doute l’une des aventures humaines de ma carrière qui m’a le plus bouleversée…

Je suis embarquée,  au milieu de la Méditerranée, à bord d’un navire  de secours de Migrants de Médecins Sans frontières. Nous partons, Laure , ma camera-woman et moi , réaliser un reportage pour Thalassa sur la solidarité en mer.

Depuis une semaine, aucun bateau en vue. Quand soudain, L’équipe de l’ONG met un canot de secours à l’eau. Et part porter secours aux passagers d’un zodiac en provenance de Libye.

Tous montent à bord épuisés, apeurés, traumatisés. Ils sont  130 survivants, hommes, femmes et enfants hissés à bord difficilement par les sauveteurs.
Ils foulent péniblement le pont du bateau. Laure est encore sur le zodiac de sauvetage, en train de tourner. Naturellement, je prends la main des femmes à bout de force, ou blessées, parfois en larmes d’épuisement ou de soulagement.

Mes gestes se veulent rassurants. Mon empathie est forte. Je suis émue et oublie un instant mon travail journalistique…

On guide les femmes et les enfants vers une salle du navire qui leur est destinée.

A cet instant, une jeune femme camerounaise attire mon regard. Elle est enceinte. Apparemment à terme ou presque.

Accompagnée d’une amie qui lui serre la main. Collins  semble lutter contre la douleur, sans un mot, juste ce geste agité de la main comme pour oublier ce mal qui la torture.

Je lui tends un regard compatissant. Mon empathie est forte.

Ce qui me marque tout de suite c’est cette dignité dans la souffrance. Je pense surtout à  ce cauchemar qu’elle vient de d’endurer au milieu de La  Méditerranée, entassée au milieu de 130 autres candidats à l’exil.

Cette dignité, elle la portera jusqu’au bout.

Ses contractions  s’accélèrent. Il y a à bord,  une sage-femme.  Heureusement. C’est rare sur les navires de sauvetage.

Collins est très vite allongée sur la table de l’hôpital de bord. L’équipe médicale est à son chevet. Son amie lui serre toujours la main.

Elle gémit de plus en plus fort. Laure, Ma camera-woman et moi devons trouver une juste place :  Témoigner de cette scène bouleversante et émouvante, préserver la dignité de Collins, et lui témoigner nous aussi notre solidarité.

Naturellement, je me tiens à sa tête, et lui tiens l’autre main. Et  comme Collins est francophone, je lui sers d’interprète  lors de ses échanges avec Astrid la sage-femme espagnole…

Quand la tête du bébé apparaît, des frissons d’émotion m’envahissent comme jamais.

Devant cette naissance incroyable, miraculeuse, bouleversante. J’ai les yeux au bord des larmes.

Elle aurait pu accoucher dans le zodiac, perdre son bébé…Mais La nature, l’instinct de survie semblent l’avoir sauvée…C’est fort!

Collins nous remercie tous, avec le peu d’énergie qui lui reste…Son regard est si  ému. Elle vient de vivre un miracle. Elle le sait, nous aussi.  Elle s’adresse o la sage-femme.

C’est la délivrance:

« Grâce à Madame Astrid, mon bébé est né nous confie –t-elle au bout de de souffle, avec un sourire épuisé. Je pense qu’en Europe il y a des gens humains, que j’aurai la paix. Que je serai heureuse. Il y a longtemps que je n’ai pas été heureuse. « 

 

Ses phrases  sont poignantes, à l’image de son histoire. Elle nous raconte alors son calvaire : Camerounaise, elle a fuir l’enfer qui ravage  son pays, celui de la secte islamo-terroriste Boko Haram qui viole, tue et persécute les habitants. Elle a donc décidé  de rallier l’Europe, seul salut, avec son mari et l’un de ses enfants. Mais elle les a perdus dans le chaos de cette fuite.

Elle a marché, marché pendant plusieurs mois avant d’attendre la Libye avec sa compagne d’exil, comme des milliers d’autres migrants en péril.

Elle a dû affronter ces hordes de passeurs libyens qui l’ont frappé, violé d’autres femmes devant elle pour les racketter.

Et puis enfin elle  réussit à trouver un bateau pour traverser la Méditerranée. 36 heures d’errance sur des flots terrifiants, jour et nuit, avant de voir apparaitre la silhouette miraculeuse du navire de Médecins sans frontières.

Cette rencontre fut intense mais courte, si courte.
Collins a accouché il y a deux heures, on lui annonce déjà qu’elle doit changer de bateau.

Le navire de sauvetage de Médecins Sans Frontières doit  continuer de sauver d’autres migrants dans les eaux internationales.

L’ong doit donc confier les 300 rescapés qu’elle a sauvés ce jour-là à un autre bateau : celui  la Guardia civil espagnole.
Collins est debout, toujours digne et élégante, dans

l’hôpital de bord du bateau. Elle est en train d’envelopper son nouveau-né  dans un gilet de sauvetage pour enfant, trop grand pour lui bien sûr.

La scène est extrêmement touchante.  Nous nous approchons doucement. Nous la filmons, avec le plus de délicatesse possible.

Elle est souriante, et nous confie fièrement qu’elle a baptisé son enfant « Dignity , comme le nom du bateau, pour qu’il se rappelle toujours là où il est né… »

Je n’arrive pas à croire que deux heures à peine après avoir donné naissance à son bébé, elle marche déjà vers le pont du bateau, soutenue par Collins L’infirmière.

C’est Astrid, la sage-femme qui émue elle aussi tient son bébé sauvé d’un cauchemar, dans ses bras protecteurs.

Je touche l’épaule de Collins d’un dernier geste affectueux. Je lui souhaite bonne chance…Et nous la filmons  descendre péniblement dans le canot.

Les gardes civils l’allongent dans une civière. La sage- femme l’accompagne jusqu’au grand navire de sauvetage de la Guardia civil.

Sa silhouette qui s’éloigne  dans ce canot restera gravée dans ma mémoire…

Dans quel camp de rétention a –telle été accueillie, dans quelles conditions ? Qu’est-elle devenue ? Même l’équipe médicale d’Médecins sans Frontières l’ignore. Une fois secourus les migrants sont confiés aux autorités italiennes.

J’espère profondément qu’en tant que jeune maman, victime d’une secte islamo-terroriste, sa demande s’asile a été acceptée, qu’elle vit aujourd’hui, quelque part, en Italie ou ailleurs en Europe, dans des conditions de vie confortables.

 

Son courage, sa dignité, sa force de vie, le miracle de cette naissance à bord, marqueront ma mémoire pour longtemps.

J’en suis encore émue aujourd’hui, deux ans plus tard…

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

Rafael Cancel Miranda, auteur d’un attentat à Washington et bon père de famille à Puerto Rico

Pourquoi son portrait en double page dans une édition du week-end de Libération m’a-t-il parlé ? L’envie d’aller l’interviewer était en tout cas assez forte pour convaincre mon rédacteur en chef de me laisser faire le voyage.

Me voilà donc à Porto-Rico, après avoir établi un contact avec l’homme par mail. Non sans difficulté. Il ne parle pas bien l’anglais, malgré son histoire, et surtout il ne voit presque plus rien. C’est donc avec sa femme que les échanges ont eu lieu. Il s’appelle Rafael Cancel Miranda, et c’est le dernier survivant d’une équipée violente et romanesque oubliée de longue date par les Américains.

La scène se passe le 1er mars 1954 à Washigton. Rafael, 24 ans, et ses trois camarades Lolita LebrónAndrés Figueroa Cordero, et Irvin Flores Rodríguez rentrent dans le capitol armés de fusils automatiques. Du balcon des visiteurs ils déploient une banderole « Viva Puerto Rico libre » et tirent. Cinq parlementaires sont blessés, aucun n’est tué.  Les quatre militants indépendantistes sont jugés. Rafael Cancel Miranda, est condamné à 85 ans de prison et envoyé à Alcatraz. Il ne restera « que » 25 ans en prison. En 1979, Jimmy Carter lui offrira une grâce présidentielle, fruit d’un accord avec le président cubain Fidel Castro. Tout une époque..

Quand je le rencontre, il a 79 ans et vit avec sa seconde épouse dans une maison d’un quartier chic de San Juan. Ce sont eux qui viennent me chercher en voiture. Je les attends en bas de mon hôtel. Rafael Cancel Miranda sort pour m’accueillir. Des passagers dans une voiture le reconnaissent, lui crient « Viva Puerto Rico libre ». L’homme est trapu, moustachu, simple, solide.

La première interview se passe chez eux, sur le patio. Mes sentiments du moment ? Un mélange de tension, de gêne, de peur de ne pas comprendre ce qu’il dit et de rater l’essentiel. Il parle beaucoup en espagnol, j’enregistre tout. une anecdote parmi d’autres: « vous avez vu le film Le prisonnier d’Alcatraz ? Me demande-t-il ? – Oui. Eh bien le prisonnier avec sa table roulante qui distribue des livres, c’était vrai. Et moi, je ne prenais que des livres de psychologie pour trouver des techniques pour tenir. Je savais que je n’étais pas plus fort qu’un autre ».

Plus tard Rafael Cancel Miranda et sa femme m’ont amené à un cours de salsa. Pas n’importe lequel. Celui de leur fils. Un jeune homme, avocat spécialiste d’environnement et professeur de danse à ses soirées perdues. Debout sur une estrade, micro fixé à la tête, il entraîne de sa voix une centaine de couples dans des pas compliqués. Quand nous arrivons, il s’arrête. « Je suis très fier et très ému d’accueillir mes parents », dit-il. Applaudissements des danseurs. Plus tard, il me raconte qu’il revient d’un voyage d’affaire à San Francisco, et que pour la première fois il est allé visiter la cellule de son père à Alcatraz. « Trop petite pour pouvoir s’y tenir debout ».

Moi aussi je suis émue.

Parler avec Rafael Cancel Miranda, homme simple embarqué dans une histoire folle, c’est approcher la grande et la petite histoire. C’est voir que que la première s’écrit avec la tête, le coeur, les bras, et le sang de la seconde.  C’est découvrir des causes lointaines, inconnues et perdues.

Rafael Cancel Miranda,  a survécu à Alcatraz, Rafael Cancel Miranda aime sa femme, son fils. Rafael Cancel Miranda aime boire un coup sur son patio à la tombée de la nuit. Il veut ausi l’indépendance de son pays, et partager sa cause.  Il y a du grand, du violent, de l’extraordinaire, du tendre, et du modeste chez lui. Rafael Cancel Miranda est un homme qui vit ailleurs dans le monde. Dans notre monde.

Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire